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Bibracte : Torques et compagnie

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Bibracte : Torques et compagnie

Il y a plus de 2000 ans au cœur du Morvan, Bibracte était la capitale politique et économique du peuple éduen. D’après César, c’était «la plus grande et la plus riche des villes des Éduens». Par François Rousseau Jusqu’au 12 novembre 2017

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Bibracte : Torques et compagnie

mardi 03 octobre 2017
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Cent ans d’archéologie des Gaulois dans les collections du musée d’Épernay

Terrasse du Parc aux Chevaux, mur de soutènement du portique, illustre la romanisation du bâti (fouilles de 2017) © photo François Rousseau/PdF 2017
Située au sommet du mont Beuvray et couverte de forêt, elle est devenue un site majeur pour la connaissance de la première urbanisation de l’Europe sur les deux derniers siècles avant notre ère.

Au centre d’un territoire divisé en 7 cantons, Bibracte est fondée en 125 av J.C. C’est la «capitale» du peuple éduen qui contrôlait les 3 vallées de communication entre l’Italie et la mer du Nord par le Rhône et la Saône. Les Éduens ont signé un traité avec Rome en 163 av J.C. qui les désignent «frères de même sang du peuple romain».

A l’époque de César, la ville couvrant 135 hectares, est entourée d’un rempart de 5km de long et abrite entre 5 et 10 000 habitants. Les vestiges marquent encore le paysage avec les talus qui suivent la ligne des fortifications. Du sommet du Beuvray, on peut voir le Puy-de-Dôme et même le Mont Blanc par temps clair.

Au tournant de notre ère, la cité est abandonnée au profit d’Augustodunum, plus proche des voies romaines de communication.

Chapelle Saint-Martin construite sur les bases d’un temple gallo-romain et croix à la mémoire de Saint Martin érigée par Bulliot en 1851 © photo François Rousseau/PdF 2017
C’est Jacques-Gabriel Bulliot (1817-1902) qui redécouvre l’oppidum en 1856. Alors que Napoléon III a lancé une dynamique de recherche sur les sites mentionnés par César, Bulliot le rencontre aux Tuileries le 2 mai 1867 et il est chargé officiellement des recherches sur le site. Elles sont financées directement par les fonds de l’Empereur, puis par une subvention du ministère de l’Instruction publique. Il construit l’«Hôtel des Gaules» en 1870, une modeste chaumière dans laquelle il loge durant les campagnes de fouilles. Elle a été reconstruite à l’identique en 2001.

En 1885, Bulliot passe le flambeau des fouilles du Beuvray à son neveu Joseph Déchelette qui loue une maison pour accueillir ses collègues archéologues européens.

Son projet ne sera réalisé que 80 ans plus tard.

Capitaine lors de la Première Guerre mondiale, sa mort pour la France à Vingré dans l’Aisne le 3 octobre 1914 entraîne l’interruption des fouilles qui ne seront reprises qu’en 1984. Les campagnes sont menées chaque été avec plusieurs universités européennes.

Après avoir acheté le site à l’intérieur des remparts dès 1978, l’État est actuellement propriétaire de 950 hectares de forêt au sommet du mont Beuvray.

Vue générale du Parc aux Chevaux, le plus vaste replat du mont Beuvray © photo François Rousseau/PdF 2017
Le label Grand Site de France a été remis à Bibracte le 4 avril 2008.

Depuis le musée, le chemin franchi le murus gallicus à la porte du Rebout (reconstituée), puis arrive au bassin ovale en forme de coque de navire, situé dans l’axe de la rue principale de l’oppidum. Datant du 1er siècle av, c’est une des premières constructions romaines de Bibracte.

Dans le quartier de la Pâture du Couvent, les vestiges les plus anciens sont protégés par un immense parapluie. Une base de colonne en calcaire (vers 40 av) est l’ultime reste de la galerie d’une basilique du forum. Les Éduens allaient chercher des architectes en Italie pour romaniser leur capitale.

Vue générale du Parc aux Chevaux, le plus vaste replat du mont Beuvray © photo François Rousseau/PdF 2017
La domus du Parc aux chevaux (PC1) est un véritable palais urbain avec ses bains, son jardin à péristyle et son atrium. L’achèvement de sa fouille après 25 ans de recherche a été fêté cet été. Construite vers 15-10 av J.C. par un haut personnage, elle a été abandonnée vers 20 ap J.C. lors du déménagement à Autun. Elle s’étend sur 3500 m², environ la taille de la maison du Faune à Pompéi. Quatre niveaux de constructions à pans de bois ont été retrouvé en dessous, dont le plus ancien correspond à l’époque de César.

Une des fouilles de la campagne 2017 portait sur la terrasse du Parc aux Chevaux, le plus vaste replat du mont Beuvray. En contrebas du mur de soutènement du portique, on a trouvé de nombreux tessons d’amphores utilisés comme vide sanitaire, qui montrent l’importante consommation de vin italien par les Gaulois.

Le musée a été édifié en 1995 au pied de l’oppidum au col de la Croix du Rebout. Pour ce bâtiment dont l’architecture s’intègre parfaitement dans le paysage, Pierre-Louis Faloci a reçu le prix de l’Équerre d’argent en 1996. La succession des matériaux, pierre, béton, verre et acier, évoque la coupe stratigraphique d’un archéologue et les trois âges de la pierre taillée, polie et du fer. Il a été entièrement rénové depuis 2013.

Le premier étage évoque l’Europe des oppida avec des maquettes d’une dizaine d’entre eux de la période de Bibracte, sur les 200 qu’on estime avoir existé à l’époque. Une carte montre que l’exploitation des ressources naturelles comme les mines, était déjà pratiqué à une échelle presque industrielle.

Le panorama du mont Beuvray qui contrôle les voies de communication entre l’Italie et la mer du Nord © photo François Rousseau/PdF 2017
1600 objets issus des fouilles de Bibracte sont présentés au rez-de-chaussée. Le panneau de mosaïque à décor géométrique trouvé dans la domus PC1 en 2014 a été installé après sa restauration.

Lancé dans un important programme de rénovation, le musée du Vin de Champagne et d’archéologie régionale de la Ville d’Épernay a préparé une exposition itinérante à partir de ses collections. Pour sa première étape au musée de Bibracte, l’exposition déploie près de 350 objets et documents du 6ème au 3ème siècle av J.C., dont certains inédits, qui racontent l’histoire de l’archéologie des Gaulois en Champagne.

L’exposition Torques et compagnie propose de suivre collectionneurs et fouilleurs, conservateurs et chercheurs dans leurs découvertes dans la Champagne crayeuse depuis plus d’un siècle.

D’abord convoités pour leurs qualités antiques et esthétiques, les torques, ces colliers rigides caractéristiques des guerriers gaulois faits de bronze ou d’or, sont aujourd’hui considérés comme des indices incontournables pour concevoir la chronologie de l’âge du fer.

François Rousseau

Informations pratiques

Bibracte : Torques et compagnie

Exposition Torques et compagnie jusqu’au 12 novembre 2017

Site archéologique du mont Beuvray en accès libre toute l’année

Ouvert tous les jours de 10h à 18h

Plein tarif: 7,5€, réduit: 5,5€  Le billet est valable pour l’année entière

Publication: Livret de visite de l’exposition avec l’historique des fouilles de Champagne, 52 pages, reproductions et dessins couleur, prix 7€

- Musée de Bibracte  Mont Beuvray 

71 990 Saint-Léger-sous-Beuvray 

Tel: 03 85 86 52 35

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