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Le Verre, un Moyen âge inventif

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Le Verre, un Moyen âge inventif

Le verre au Moyen âge ? on pense d’abord aux vitraux des cathédrales. Et pourtant… l’exposition qui vient d’ouvrir dans le frigidarium des thermes de Cluny montre que l’art du verre, hérité des Romains via les Mérovingiens, reste très actif dans l’Europe occidentale depuis les temps mérovingiens. Par Françoise Deflassieux Du 20 septembre 2017 au 8 janvier 2018

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Le Verre, un Moyen âge inventif

vendredi 29 septembre 2017
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Les verriers du Moyen-âge, des tavernes aux cathédrales

Hanap dit “verre de Charlemagne“, provenant du trésor de l’église de Châteaudun, verre et métal argenté, XIIIe-XIVe s. h.21,2cm. © Musée des Beaux arts de Chartres
Étant donnée la fragilité du matériau, les vestiges sont rares. Les 150 objets exposés actuellement dans le frigidarium de Cluny sont néanmoins représentatifs de la place du verre chez nos lointains ancêtres.


Le vitrail bien sûr, la visite s’ouvre sur de rares fragments de vitraux du VIIe au Xe s. à une époque où les fenêtres des particuliers ne connaissent que de papier huilé, il en va de même aux XIIIe et XIV siècle, quand les baies des cathédrales chatoient d’images multicolores. Ce n’est qu’au XVe s. qu’on voit apparaître des cives, sorte de culs-de-bouteilles qui laissent passer la lumière, mais pas le regard. Viennent ensuite de tout petits carreaux, carrés ou losanges,  à la translucidité aléatoire.

Il faut attendre le XVIIe siècle et l’art de couler des vitres plates pour voir de vrais carreaux éclairer les salles des châteaux, hôtels particuliers, puis les maisons privées.

 

Corne à boire VIe s 18 x 32 cm. Musées Royaux d’Art et d’Histoire de Belgique © Musées Royaux d’Art et d’Histoire de Belgique, Bruxelles
Jusqu’au XVe siècle, le verre semble quasi absent des maisons privées : bouteille, carafes, flacons, verre à boire.  Non qu’il soit couteux, (un gobelet vaut quelques sous) mais il est fragile l’époque ignore la société de consommation.

Dès le XIVe siècle, on trouve pourtant des gobelets de verre dans les tavernes, endroits animés s’il en fut. Mais attention, qui casse paye une amende de 65 sous, ce qui est une manière d’inciter les buveurs à la modération, et les récalcitrants sont même passibles du pilori !

Parmi les objets les plus anciens figure une corne à boire du VIe s provenant d’une nécropole du Brabant, et divers gobelets de même époque découverts en Normandie, région riche en verreries.

Les grands de ce monde sont moins regardants, c’est dans les inventaires princiers ou royaux qu’on trouve les plus beaux objets, découverts comme tant d’autres choses à l’occasion des Croisades et à la faveur des échanges établis depuis entre l’Orient et l’Occident.

Verre à tige pleine, à décor de huit côtes, XIVe s, provenant du château de la Madeleine de Chevreuse. Montigny le Bretonneux, service archéologique interdépartemental Yvelines-Hauts de Seine © RMN Grand Palais, Philippe Fuzeau
Verres émaillés, gobelets ou vases ornés de cabochons ou de filets de couleurs, certains sont enchâssés dans une monture d’or ou d’argent.
Ces précieux objets avaient un rôle plus décoratif qu’utilitaire et l’étui de cuir dont ils étaient dotés a permis d’en conserver quelques uns.

Mais c’est dans les églises, un lieu tranquille par définition, que le verre a toute sa place. On en fait des calices, des fioles à saintes huiles et même des reliquaires. Les objets consacrés restant sacrés, même cassés, les débris de ces pieux ustensiles se retrouvent parfois enterrés sous l’autel d’abbatiales en ruine. Mais certains ont traversé le temps sans la moindre ébréchure, comme ces étonnants calices sur tige filiforme qui semblent vouloir se briser au moindre souffle.

Parallèlement à ses usages alimentaires et décoratifs, le verre est apprécié en médecine et en apothicairerie pour sa transparence et sa neutralité. Il ne dénature pas les mixtures, sirops et décoctions qui forment la pharmacopée de l’époque. On en fait donc des fioles, des ampoules, des urinaux. Et aussi des alambics, un instrument sulfureux qui a aussi sa place chez l’alchimiste.

Lunettes à monture en os dites de Middleburg, Allemagne ou Pays Bas, XVe s. Fondation du Patrimoine de Zélande, ©Stichting cultureel Erfgoed Zeeland (SCEZ)
Sans oublier son rôle dans l’optique

A partir du XIVe s, on voit apparaître les premières lunettes, des pince-nez au maintien aléatoire qui servent à corriger la presbytie . Bésicles ou béricles, cas à l’origine  elles sont taillées dans du béryl, destinées aux scribes et aux savants.

Pas besoin de lunettes pour visionner la petite vidéo qui clôture le parcours de l’exposition. Elle explique en images la technique du verre, soufflé forcément à l’époque. Une technique magique et simple à la fois.

Pour faire du verre, il faut du sable, de l’eau, du bois pour faire du feu, des feuilles pour donner la transparence, et l’art du verrier pour donner forme et vie à cette boule incandescente d’où naissent tous ces objets, modestes ou prestigieux.

Françoise Deflassieux

Informations pratiques

Le Verre, un Moyen âge inventif

Du 20 septembre 2017 au 8 janvier 2018

Chaque jour sauf mardi, 9h15-17h45

Entrée : 10€, TR : 7€

Musée National du Moyen âge, Hôtel de Cluny

6, Place Paul Painlevé

75 005 Paris

Tel : 01 53 73 78 16 

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