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Sévigné, épistolière du Grand Siècle

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Sévigné, épistolière du Grand Siècle

Pour la première fois, depuis sa mort en 1696 une grande exposition est consacrée à Madame de Sévigné sur les lieux mêmes où elle passa les deux dernières années de sa vie, le château de Grignan. Par Françoise Deflassieux Du 25 mai au 22 octobre 2017

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Sévigné, épistolière du Grand Siècle

lundi 30 novembre -1
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La Marquise en son château

Marie de Sévigné, épistolière du Grand Siècle

Une des tours d’angle donnant sur la célèbre terrasse très éventée du château de Grignan © photo F.Deflassieux
Nul mieux que Marie de Rabutin Chantal n’incarne ce siècle qu’on dit “Grand“, siècle aussi de contrastes où la misère côtoie la splendeur et la sainteté le libertinage.

Bourguignonne d’origine, Parisienne de naissance, Bretonne par son mariage, elle est la petite fille d’une sainte – Jeanne de Chantal – et la cousine préférée d’un libertin fameux, le flamboyant Roger de Bussy Rabutin avec lequel elle partage un esprit à la limite du cynisme, ce qu’ils appelaient “rabutiner“. Comme cette phrase qu’elle lui écrit en 1687 :

Je n’avais retenu de date que l’année de ma naissance et celle de mon mariage, mais….. je mettrai à la place celle de mon veuvage et le commencement d’une existence qui a été assez douce et assez heureuse…“

Vue d’un des salons du château © photo F.Deflassieux
Rien n’est plus vrai…. A l’époque, une femme restait sous l’autorité de son père, puis de son mari, mais, veuve, jouissait d’une totale liberté de gérer sa vie à sa guise. Ce dont Marie, veuve à 25 ans d’un mari volage, profita largement, récusant tous les prétendants.

 

Sa liberté de voyager est celle qu’elle apprécie le plus. La marquise est une voyageuse impénitente, elle se rend chaque année dans sa propriété des Rochers en Bretagne, héritée de son mari, elle va visiter en Bourgogne son cousin Bussy, exilé dans son château pour ses écrits sulfureux. Mais le cœur de Marie est bien sûr à Grignan, dans la lointaine Provence où vit sa fille chérie Françoise Marguerite depuis son mariage avec le Comte de Grignan.

Au XVIIe siècle, il faut plus de deux semaines pour franchir les 156 lieues (625km) qui séparent Paris de Grignan, par des routes de terre semées d’ornières.

La terrasse offre un magnifique paysage sur les collines environnantes, avec au fond le mont Ventoux © photo F.Deflassieux
La marquise les parcourt dans son carrosse personnel, ou en litière par petites étapes. Les nombreux amis qu’elle compte ici et là, sa famille bourguignonne, lui évitent l’inconfort des auberges. Même s’il lui arrive de “dormir sur la paille sans se dépouiller“. A Lyon, elle prend le coche d’eau qui assure sur le Rhône un voyage plus rapide et confortable, sauf quand le fleuve est en furie, “ce Rhône qui fait peur à tout le monde“. Comme le jour d’orage où sa fille et son gendre ont manqué se noyer dans leur embarcation projetée sur une pile du pont d’Avignon, à la frayeur rétrospective de la marquise. Le bateau la dépose au Robinet (au défilé de Donzère) où l’attend la calèche qui la monte à Grignan, “votre magnifique château“ qui dresse sa fière silhouette en haut d’un piton rocheux, face au Ventoux.

Après un si long voyage, Marie s’y installe plusieurs mois. Elle s’y trouvait depuis deux ans quand elle décède, en avril 1696, à 70 ans d’une grippe mal soignée. Elle était enterrée dans la collégiale du château, avant que les révolutionnaires de 1793 ne vienne l’éjecter de son tombeau. En même temps qu’était démantelé le vieux château, considéré comme une “insulte à l’égalité.

Une autre tour d’angle, laissée en ruines © photo F.Deflassieux
Au vandalisme révolutionnaire s’ajoute au début du XIXe siècle un vandalisme touristique qui dépouille l’édifice de nombre de ses ornements restants.

Grignan devient un but de promenade touristique et littéraire. En 1838 un nouvel acquéreur met fin à ce tourisme sauvage, sauve ce qui reste du château, restaure les appartements, les remeuble tant bien que mal avec des meubles et des tableaux d’origine, récupérés dans les maisons et chez les  antiquaires de la région, et l’ouvre à la visite officielle.

 

A l’entrée du village, le lavoir néoclassique début XIXe © photo F.Deflassieux
Après divers changements de propriétaires, l’édifice est racheté en 1912 par une veuve fortunée, Marie Fontaine, qui entreprend une restitution complète. Ses derniers descendants le cède en 1979, au département de la Drôme qui préside depuis à son entretien et à sa destinée.

 

La marquise s’y retrouverait-elle ? Peut être ne reconnaitrait elle pas sa chambre, mais elle retrouverait à coup sûr la superbe terrasse balayée par le vent, le panorama sur le Ventoux.

Et sans doute serait-elle surprise de s’y retrouver elle même sous les pinceaux des peintres de son temps : Mignard, Claude Lefebvre, Robert Nanteuil. Et les visages de ses familiers : sa sainte grand mère, Jeanne de Chantal, par Philippe  de Champaigne, Henri, son mari, ses...

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