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Théâtre : Cendrillon

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Théâtre : Cendrillon

Il était une fois une petite fille qui était très malheureuse, elle vivait dans les cendres. Non, ce n’est pas cela. Il était une fois une très jeune fille qui avait peur d’oublier sa mère. Une marâtre, un prince, un bal interdit, une fée…... Jusqu’au 6 août 2017 Par Marie Laure Atinault

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Théâtre : Cendrillon

vendredi 07 juillet 2017
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"Cendrillon" une pièce de Joël Pommerat au Théâtre Saint Martin © JPommerat/Cici Olsson
Bien sûr, il s’agit de Cendrillon. Mais dans quelle version ?Celle de Perrault, de  Grimm, ou celle de Disney. Les parisiens ont bien de la chance de pouvoir découvrir ou redécouvrir la pièce de Joël Pommerat, qui est l’un de nos plus grands auteurs.

Il était une fois une Très jeune  fille, qui assista à la mort de sa mère. Sa maman lui adressa quelques mots avant de mourir, mais la Très jeune  fille ne compris pas toutes les paroles. Depuis ce jour funeste, elle vit avec une grosse montre au poignet tant elle a peur d’oublier sa mère.

Elle est certaine que sa mère lui a demandé de ne jamais l’oublier, de ne « jamais cesser de penser à elle plus de cinq minutes ». Elle tient promesse, ce qui ne va pas sans heurts avec son nouvel entourage. Son père est séduit , comme quoi tout est possible, par une  femme qui vit dans une maison en verre avec ses deux filles, une très grande et mince et une petite et ronde. Elles trouvent immédiatement la nouvelle venue antipathique.

La  Très jeune  fille est reléguée à la cave. Une chambre sans fenêtre. Très vite elle devient la bonne de tout le monde.

Tout ce qui compte pour elle, est de tenir sa promesse.

"Cendrillon" une pièce de Joël Pommerat au Théâtre Saint Martin © JPommerat/Cici Olsson
Une grande femme fait irruption dans sa chambre. Elle n’est pas la Fée bleue mais une Miss Catastrophe qui a le look de Diane Dufresne. Elle ne réussit pas forcément tous ses tours. Pleine de bonne volonté elle va protéger la Très jeune  fille.

Il y a bien sûr le bal, les préparatifs de la belle-mère et de ses filles mais le prince ne ressemble pas à son cousin le Prince charmant. Il est en l’occurrence plutôt pataud et très malheureux. Il attend depuis plusieurs années le coup de téléphone de sa maman qui est en voyage.

Le reste vous devez le découvrir, accompagné ou non par des enfants.

Dans cette version, Joël Pommerat se démarque de certaines traditions. Il n’y aura pas de citrouille, ni de carrosse. Pas de soulier de vair pour Perrault, le vair étant une fourrure précieuse. Pas de soulier de verre pour Disney. Le prince n’est pas un jeune homme fringant.

Cendrillon, version Pommerat nous recentre au cœur des contes. Ces écrits n’étaient pas  destinés aux enfants, venant de lointaines traditions, on y retrouve les thèmes venant de la mythologie.

Le conte est un récit parfois plein de fureur, de crimes et de reconquêtes. On y tue allégrement, l’inceste, le parricide, l’infanticide, le crime, sont au cœur des contes.  Le conte donnait une version parfois morale propre à frapper les esprits et à former les consciences.

Au XIX siècle des versions édulcorées parurent pour les enfants telle le Petit Chaperon rouge qui n’est plus dévorée par le loup !

Pour ceux qui ne connaissent pas Joël Pommerat, il faut vous dire que ce créateur, cet artisan du théâtre prend en compte la totalité de sa création. Il ne met jamais en scène des œuvres autres que le siennes. Ce qui est logique puisque l’écriture, la scénographie et les lumières créées par Éric Soyer, sont intimement mêlées lors de la conception de la pièce. L’espace scénique est comme une « camera oscura » qui permet grâce aux savantes lumières d’Éric Soyer de construire et de déconstruire des espaces propre aux rêves.


"Cendrillon" une pièce de Joël Pommerat au Théâtre Saint Martin © JPommerat/Cici Olsson
Cendrillon est une œuvre puissante, un vrai conte où l’on retrouve les thèmes du genre.

On  y parle de la famille, de la mort, le deuil qui jette les enfants dans l’épreuve. Cendrillon est comme Blanche-Neige, vouée à la haine de sa belle- mère. En transformant le prince en un jeune garçon mal dans sa peau, Joël Pommerat met en relief les mensonges et les petits arrangements avec la réalité des adultes.

L’humour porté formidablement par la Fée maladroite donne des scènes d’une drôlerie radieuse! Les essais de robe de bal de Cendrillon sont un grand moment.

Pour cette production, la distribution est belge. Ce qui n’est pas grave, bien au contraire !

Noémie Carcaud, qui joue la Fée et la grande sœur, est inouïe. D’ailleurs nous sommes tellement dans le jeu que nous sommes étonnées de constater que certain comédien joue plusieurs rôles. C’est le plus beau compliment que nous puissions leur faire, car nous sommes complètement immergés dans l’eau de ce  conte qui n’est pas rose bonbon !

Caroline Donnelly, joue un petit prince bien émouvant, nous avons envie de le prendre dans nos bras pour lui faire un câlin. Quelle belle voix ! Nous l’aimons en Prince et la détestons quand elle est la deuxième sœur.

La Très jeune  fille est interprétée par l’extraordinaire Deborah Rouach. Elle est cette petite fille au chagrin insondable. Elle marche comme ces enfants bien décidés à ne pas se laisser faire. Sa composition physique est étonnante car tout son corps joue, sa démarche, son port de tête, son intonation. Elle est inoubliable. Les enfants l’adorent !

Joël Pommerat a concocté un final inattendu qui prête à la réflexion.

Ce spectacle est présenté sur un théâtre de boulevard, dirigé par un directeur qui prend des risques et qui ne méprise aucun genre théâtral. Jean Robert-Charrier permet à un large public de découvrir cette œuvre.

Marie Laure Atinault

Informations pratiques

Cendrillon

Une création théâtrale de Joël Pommerat

Avec Alfredo Canavate,

Noémie Carcaud, Caroline Donnelly, Catherine Mestoussis, Nicolas Nore, Deborah Rouach

Jusqu’au 6 août 2017

- Théâtre de la Porte Saint Martin

18 Boulevard Saint-Martin

75010 Paris

01.42.08.00.32

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