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Théâtre : Michel-Ange ou les fesses de Dieu

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Théâtre : Michel-Ange ou les fesses de Dieu

Dans notre société où l’auto censure devient une règle déplorable, le titre de la pièce de Jean-Philippe Noël fait tressaillir les nouveaux parangons de la vertu. Les fesses de Dieu Ô Shocking ! Nous sommes ravis de vous faire partager notre enthousiasme pour un spectacle intelligent et brillant, dont le personnage principal est la chapelle Sixtine. Par Marie Laure Atinault Du 9 janvier au 26 février 2018

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Théâtre : Michel-Ange ou les fesses de Dieu

lundi 29 janvier 2018
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Au théâtre 14 "Michel-Ange ou les fesses de Dieu" © photo L.Lot
Quelle  mouche a piqué le Pape Jules II de choisir Michelangelo Buonarroti, le sculpteur du magnifique David et de la Piéta pour peindre une fresque dans la Chapelle Sixtine !

Michel-Ange a trente ans. Le pape lui demande de peindre une fresque représentant les 12 apôtres dans la Chapelle Sixtine édifiée par son oncle le pape Sixte IV. On y trouve des fresques peintes par Botticelli ou le Pérugin. Ce haut lieu du Vatican est le lieu du conclave depuis le XV siècle.

C’est ici même, que Jules est devenu pape. Le Pape Jules II n’est pa s un enfant de chœur, il est un chef de guerre, bon vivant, aimant tous les plaisirs. Il a trois grands objectifs : embellir Rome et le Vatican, et de réunifier les États Pontificaux. A cela il faut ajouter la construction d’un tombeau somptueux dont il confie la construction à Michel-Ange. Entre les deux hommes les discussions sont parfois houleuses, l’artiste est un homme qui fuit les honneurs, il n’aime pas le monde. Il se plaint de sa famille, du manque d’argent, du matériel.

L’homme est avare !

Le témoin des échanges toniques entre le Pape et Michel-Ange, est Mattéo, le domestique du peintre. Entre le commanditaire et l’exécutant c’est parfois une lutte où les impératifs de la création se heurtent aux desseins politiques.

Au théâtre 14 "Michel-Ange ou les fesses de Dieu" © photo L.Lot
Pendant 4 ans, Michel-Ange devra résoudre des problèmes techniques, trouver une solution contre le salpêtre, vaincre la hauteur et organiser ses personnages. Michel-Ange peint pour la gloire de Dieu.

Il bouleverse le registre classique des représentations habituelles des pères de l’église. Ce chef d’œuvre de l’humanité donnera une autre image de sa splendeur après la campagne de restauration des années 80, où les couleurs vives débarrassées de la noirceur et de la poussière du temps révéleront des teintes chaudes, qui renverront les historiens de l’Art à leurs études.

Le Pape Clément VII  demande à Michel-Ange de parachever son œuvre, il  peint le jugement dernier sur le mur de l’autel, là encore l’audace fait scandale, il a 60 ans.

On pourrait faire un inventaire de la création du signor Buonarroti, 12 apôtres, des scènes de la genèse, un jugement dernier, plus de 300 personnages, dont les étranges ignudis. Les personnages sont nus, certains taillés comme des athlètes dont la plastique est étonnante. Dans cette œuvre magistrale Michel-Ange se dévoile.

Entre deux champs de bataille, le pape vient voir les progrès de la fresque. Il s’insurge, trop de nus, trop de fesses joufflues et roses. Et que dire des anges sans ailes ! Le pape Clément lui aura un christ, que l’on  nous pardonne pas très catholique !


Au théâtre 14 "Michel-Ange ou les fesses de Dieu" © photo L.Lot
Le tour de force de la pièce de Jean-Philippe Noël est de faire vivre des personnages historiques sans que cela ressemble à un album d’images d’Épinal. Les protagonistes sont de chair et de sang, avec leurs contradictions, leur génie et leur petitesse. Le personnage principal de la pièce est la Chapelle Sixtine.

Sa représentation est un challenge.

Ici point de vidéo, de posters ou de toiles peintes. Non rien, enfin aucune représentation des fresques ; Mais tout est là. La scénographie est signée Nils Zachariasen, est-il besoin d’en dire plus. Un échafaudage, une table sur laquelle on trouve les pots des pigments pour faire les couleurs. Des tabourets, des murs lambrissés et les costumes de Pascale Bordet qui nous propulsent dans cette époque. Le haut de l’échafaudage est occulté par une toile.

Au théâtre 14 "Michel-Ange ou les fesses de Dieu" © photo L.Lot
On sait que Michel-Ange ne voulait pas que l’on voit son travail. Son assistant Mattéo est son homme à tout faire, malmené, mal payé il fait visiter la chapelle nuitamment contre quelques espèces sonnantes et trébuchantes, peut-être que l’un de ces visiteurs était Raphaël ? La scénographie et la mise en scène nous donnent ces petits détails qui étayent le récit. Nous aimons voir Michel-Ange préparer ses couleurs et parler de la cherté des pigments. Les modèles du peintre lui causent parfois bien des soucis et d’autre fois bien du plaisir.

Les lumières réglées par Stéphane Balny nous font toucher de l’œil la difficulté du peintre pour capturer la lumière. Les bruits de Rome, les froufrous des soutanes qui entourent la chapelle sont orchestrés par un maître Michel Winogradoff.

La compagnie Tabard-Sellers peut être fière de ce spectacle.

Au théâtre 14 "Michel-Ange ou les fesses de Dieu" © photo L.Lot
Au théâtre nous aimons être surpris. Sur le papier nous n’aurions pas imaginé l’excellent Jean-Paul Bordes, et pourtant ici, il compose un artiste combattant toutes les difficultés de l’exécution de la fresque et ses propres contradictions. Sa mise en scène est brillante, fine.

Face à Michel-Ange Jean-Paul Bordes, le Pape Jules II est campé par un truculent François Siener, au verbe haut. Nous sommes ravis de revoir Jean-Paul Comart, qui interprète  Mattéo, le témoin de ces rencontres toniques entre le Pape et l’artiste. Sa présence, son jeu, son invention  donnent à son personnage une étoffe particulière.

Marie Laure Atinault

Informations pratiques

Michel-Ange ou les fesses de Dieu

De Jean-Philippe Noël

Du 9 janvier au 26 février 2018

Mise en scène de Jean-Paul Bordes

Assistée de Dominique Scheer

Avec François Siener, Jean-Paul Comart, Jean-Paul Bordes, César Dabonneville

- Théâtre 14

20 avenue Marc Sangnier

75014 Paris
01.40.44.52.01

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