04 Fév 2019

Rusalka à l'Opéra Bastille

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Qu’il est doux de se reposer au fond du Lac !

 

La mise en scène historique de Robert Carsen, du chef d’œuvre d’Antonin Dvorak est de retour pour quelques représentations à l’Opéra Bastille. Une soirée exceptionnelle de pur bonheur.

 

Rusalka vit heureuse au fond de son lac natal, entourée de ses sœurs. Elles aiment jouer avec les reflets de la lune. Elles sont des naïades insouciantes. Mais Rusalka est tourmentée, elle est amoureuse d’un beau prince qui vient se baigner dans le lac. Elle se confie à son père l’esprit du lac. L’Ondin est un bon père et la met en garde : une Ondine ne peut pas s’unir à un humain. Devant l’obstination de sa fille, il lui dit que seule la sorcière Jezibaba peut l’aider. Cette dernière accepte. Elle va aider Rusalka à se transformer en humaine mais, car il y a toujours un mais lorsque l’on fait un pacte avec le diable ou une sorcière, elle restera muette et si son bien-aimé la rejette, elle sera maudite à jamais. Certaine  que son prince sera charmant et aimant elle accepte.

 

Le prince tombe amoureux de cette étrange jeune femme. Est-elle une Fée ? Conquis il emmène cette beauté mutique dans son château pour célébrer leur mariage. Rusalka déconcerte la cour. Son mutisme et sa froideur font peur. Le Prince aimerait qu’elle soit plus chaleureuse, même si il est toujours envoûté par sa beauté. Une princesse étrangère va faire basculer le destin de Rusalka………

 

 

Rusalka_14.15__Christian_Leiber_-_OnP_52 Patrimoine de France - A la découverte de nos terroirs - Rusalka à l'Opéra Bastille
Rusalka © C.Leiber/ONP

 

Faudra-t-il un concile pour savoir si les sirènes, les naïades, les nymphes et les ondines existent ?

 

Grâce à la musique envoûtante de Dvorak, nous en sommes persuadés ! Le livret de Jaroslav Kvapil s’inspire de « La grande Astronomie » (1537)  du philosophe suisse Paracelse qui décrit les créatures des quatre éléments, parmi lesquelles nous trouvons les filles de l’eau. En 1811, Friedrich de la Motte-Fouqué publie le conte « Ondine ». En 1829, Pouchkine commence l’écriture de « La Roussalka ». 1837, Hans Christian Andersen publie son conte « La Petite Sirène ».1843, les frères Grimm publient « L’Ondine du l’étang ». Rusalka est un peu la fille de tous ces contes. Jaroslav Kvapil a écrit un livret raffiné.

 

 

Antonin Dvorak est un homme de son temps. Il est avide de connaître des musiques différentes. Alors qu’il est directeur du conservatoire national de New York, il écrit sa célèbre 9 ème symphonie dite la Symphonie du Nouveau Monde. Il découvre la musique noire, et son intérêt pour cette musique si moderne lui voudra des critiques. C’est dans sa Bohême natale que  Dvorak compose ses poèmes symphoniques, L’Ondine, Le Rouet d’Or et Rusalka en 1901.

 

Robert Carsen impose une mise en scène subtile, intelligente qui sert l’œuvre. Ce dernier point est un peu rare à l’Opéra où certains metteurs en scène font fi de l’œuvre pour imposer une vision personnelle et dénuée de sens comme nous l’avons déjà vu, hélas.

 

Simplicité, dépouillement du plateau. Nous avons le monde aquatique et le monde terrestre qui se renvoient mutuellement leur  reflet. Les jeux de miroirs, les lumières nous projettent dans ces deux mondes. Dans cette mise en scène d’une beauté formelle époustouflante, le réalisme et le fantastique s’opposent jusque dans les éléments le feu et l’eau. Mais notre pauvre Rusalka trahie par ce prince volage devra accomplir son cruel destin.

 

Rusalka_14.15_c_Charles_Duprat_-_OnP_32 Patrimoine de France - A la découverte de nos terroirs - Rusalka à l'Opéra Bastille
Rusalka © Charles Duprat/ONP

 

 

Antonin Dvorak nous offre une composition qui lie des lignes mélodiques ensorcelantes aux timbres du folklore. Sa connaissance de musicien d’orchestre lui a donné cette maîtrise des instruments. L’œuvre joue de la fluidité de l’eau, les chants de Rusalka sont comme elle d’une pureté presque évanescente.  

Rusalka est un conte où la poésie, le fantastique et la crudité du monde des humains sont magnifiquement magnifié sur la scène de l’Opéra Bastille.

La distribution est éblouissante, Camilla Nylund est une Rusalka si tendre, si désespérée que l’on souhaite jusqu’à la dernière minute son sauvetage. La soprano finlandaise a des accents qui nous touchent le cœur, sa voix, à la fois envoûtante et déchirante, est d’une maestria surnaturelle.  Le prince est interprété par le ténor Klaus Florian Vogt.

Sa présence, la beauté de sa voix au timbre si particulier enflamme la salle

Il est plus qu’étonnant, il est extraordinaire. Thomas Mayer Johannes est  l’esprit du Lac. Le baryton joue à la fois de son autorité et de son amour paternel avec beaucoup de finesse et une amplitude de sentiment. La distribution est impeccable. Difficile d’imaginer mieux.

Au pupitre l’excellente Susanna Mälkki.  Elle avait dirigée la création de l’opéra de Luca Francesconi « Trompe-la-mort », dans la mise en scène de Guy Cassiers à l’Opéra Garnier. Sa direction musicale est précise, dynamique, une autorité douce mais ferme, d’une folle élégance 

Le public de la première du 1er février, ne s’y trompe pas et la gratifie d’une juste ovation. 

 

Marie Laure Atinault

 

Jusqu'au 13 février 2019

 

RUSALKA

 

Opéra

 

Conte lyrique en trois actes (1901)

 

Musique Antonin Dvorak (1841-1904)

 

Livret Jaroslav Kvapil

 

Direction musicale Susanna Mälkki

 

Mise en scène Robert Carsen

 

Décors, costumes Michael Levine

 

Chorégraphie Philippe Giraudeau

 

Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris

 

 

 

Avec

 

Klaus Florian Vogt : Le prince

 

Karita Mattila : La princesse étrangère

 

Camilla Nylund : Rusalka 

 

Thomas Mayer Johannes : L’esprit du Lac 

 

Michelle De Young : Jezibaba

Opéra Bastille

 

 

Informations supplémentaires

  • Région: Paris
Lu 74 fois Dernière modification le vendredi, 15 février 2019 09:00
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