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JEP 2017 à Guernesey, chez Victor Hugo

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JEP 2017 à Guernesey, chez Victor Hugo

Hauteville House, la maison achetée par Victor Hugo, dans l’île anglo-normande de Guernesey, fait partie du patrimoine français. Elle appartient en effet à la Ville de Paris depuis 1927, offerte par les héritiers de l’écrivain. Près de 20 000 visiteurs viennent la découvrir chaque année, mais elle va fermer ses portes jusqu’en 2019 pour être restaurée. Visite émouvante sur les traces de l’écrivain. Par Caroline Paux

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JEP 2017 à Guernesey, chez Victor Hugo

samedi 16 septembre 2017
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Hauteville House, à Guernesey, une œuvre dans l’œuvre de Victor Hugo

Hauteville House, à Guernesey © photo Caroline Paux
Pendant les 14 années de son exil, Victor Hugo l’a entièrement décorée et meublée. Une véritable œuvre d’art dans une atmosphère unique, un « autographe à trois étages, un poème en plusieurs chambres… » dira Charles Hugo, son fils. La façade blanche de la maison située 38, rue Hauteville à Saint-Pierre Port, Guernesey, est bâtie sur les hauteurs de la ville.

C’est un véritable bijou, mais elle ne laisse guère imaginer ce qui fait son originalité à l’intérieur. Hauteville House, c’est son nom, fut la maison achetée par Victor Hugo en 1856 et dans laquelle il a vécu avec sa famille jusqu’en 1870.

Contraint à l’exil parce qu’il s’était opposé à Napoléon III, l’écrivain est arrivé à Guernesey en 1856 après avoir été banni de France, en décembre 1851, chassé de Belgique, en 1852, puis de Jersey, en 1855 pour avoir critiqué la Reine Victoria.

En arrivant à Guernesey, il loue une maison, au 20, rue Hauteville. Il l’abandonnera un an plus tard parce qu’il fallait qu’il devienne propriétaire pour asseoir sa présence sur l’île et éviter tout risque d’expulsion. Le succès des ventes de son recueil de poésie “Les Contemplations” paru peu de temps avant lui permettent d’acquérir une maison un peu plus haut dans la même rue, pour la somme de 24 000 francs. « La maison de Guernesey sort tout entière des “Contemplations”. Depuis la première poutre jusqu’à la dernière tuile, “Les Contemplations” paieront tout. Ce livre m’a donné un toit, » écrira-t-il.

Une œuvre d’art

La porte du salon des tapisseries est en panneaux sculptés de style Renaissance. Au-dessus, un panneau a été fabriqué avec des morceaux de coffres © photo Caroline Paux
Victor Hugo fait de cette maison une œuvre d’art totale à travers il exprime toute sa créativité et sa modernité. Il entreprend de gros travaux et l’aménage, la meuble, la décore entièrement à sa façon, laissant une place immense à son imagination. Infatigable, il fouille les brocantes, les vieilles maisons, les fermes.

Ses trouvailles sont variées : des coffres (il en dénaturera 70), des portes qu’il transformera en tables, des tables qui deviendront des portes, des miroirs, mais aussi des faïences, des porcelaines, des soieries, des tapisseries… milles objets de différentes valeurs qu’il détourne du quotidien.

Il adore cela, il écrira même à l’écrivain Jules Clarétie « J’ai manqué ma vocation, j’étais né pour être décorateur… » Durant trois ans un ébéniste concrétise les meubles imaginés par Victor Hugo à travers les croquis très précis que lui confie l’écrivain.

La bibliothèque se trouve dans le couloir © photo Caroline Paux
La maison de Victor Hugo est un véritable poème et obtient à Guernesey la réputation d’un “Palais des mille et une nuits”. On sent fortement la présence de l’écrivain qui y vécu quatorze années d’exil.

Il y a d’ailleurs laissé des traces avec des devises et inscriptions, visibles ou cachées, en français ou en latin, et ses initiales VH inscrites un peu partout dans les pièces.

Dans ce décor, riche et éclectique aux détails qui renvoient à l’œuvre littéraire, on lit l’esprit du poète proscrit et sa douleur de l’exil, mais aussi l’affirmation de ses idées et la confiance en l’Homme…

 

Hauteville House, de l’ombre à la lumière

Le rez-de-chaussée

La salle de billard avait une valeur sentimentale pour Victor Hugo. Il y a rassemblé des portraits de famille et quelques-uns de ses dessins © photo Caroline Paux
En entrant dans la maison, on est surpris par l’obscurité. À droite, une grande pièce, c’est la salle de billard. On y découvre sur une tapisserie rouge, de nombreux portraits de famille dont certains ont été peints par Mme Hugo, mais aussi des œuvres de Victor Hugo lui-même qui aimait dessiner à la plume ou au charbon. Cette pièce devint un débarras et Victor Hugo en condamna l’accès. Sans doute pour arrêter le temps…

Une porte à double battant s’ouvre sur le salon des tapisseries où Victor Hugo prenait le café et recevait ses invités. La pièce assez sombre, est totalement couverte de tapisseries du XVIIIe siècle ou du XVIe siècle. On y découvre un meuble en bois, monumental, entièrement créé par Victor Hugo, à bout de fragments de meubles anciens, de coffres, de miroirs, de statuettes… Il encadre la cheminée. Les coffres sont tenus par des colonnes, sans doute des pieds de tables…

Sous le bahut du salon des tapisseries créé par Victor Hugo, l’inscription de noms de génies de l’humanité, d’après Hugo © photo Caroline Paux
L’écrivain y a fait graver les noms de génies de l’humanité : Christ, Moïse, Socrate, Job, Colomb, Luther, Washington, Isaïe, Homère Dante, Shakespeare, Molière, Eschyle.

Il faut s’accroupir pour les lire.

L’atelier, vient dans le prolongement. Une pièce ouverte sur le jardin, qui était réservée à la détente. Un meuble monumental tient sur la largeur de la pièce. Il a été créé avec trois coffres anciens soutenus par des pieds de table.

Une petite porte dans le mur donne sur une minuscule pièce, un cabinet noir, qui permettait au fils de Victor Hugo, passionné de photo, de développer ses plaques.

Découverte du couloir à faïences qui mène au jardin. Victor Hugo y a placé, sur les murs et au plafond, des rangements peints en rouge, où sont placés des dizaines d’assiettes et de plats… S’y côtoient un service de Sèvres offert par Charles X, un service de style Chinois, un autre en Delf bleu, diverses faïences anglaises et du vieux Rouen. Le dessus de la porte est composé de culs de bouteilles pour tenter d’apporter un peu de lumière au vestibule…

La salle à manger, lumineuse, couverte de carreaux de faïences © photo Caroline Paux
La salle à manger est étonnante. Elle est couverte de carreaux de faïences, de chêne et le plafond est revêtu d’une tapisserie des Gobelins. Une grande cheminée est décorée de céramiques avec un grand H, comme celui d’Hugo ou d’Hauteville House. Entre les deux fenêtres, Victor Hugo a fait installer le « Fauteuil des ancêtres » qu’il a fait fabriquer dans un style gothique.

On dirait une chaire. Mais curieusement personne ne peut s’y asseoir et il est fermé par une chaîne. Plusieurs inscriptions sont gravées : « Hic nihil alias aliquid » (Ici rien, ailleurs quelque chose) mais aussi « Ego Hugo » (Moi Hugo) et « Absentes adsunt » (les absents sont présents). Il serait réservé aux ancêtres dont l’âme invisible préside les repas…

Cette pièce fourmille de détails et il a fallu plus d’une année à l’artisan pour réaliser les travaux.

1er étage

Au premier étage, deux grands salons au décor somptueux, où Victor Hugo et sa famille recevaient leurs invités, le salon rouge et le salon bleu. © photo Caroline Paux
Un escalier mène aux étages. Au 1er, on y trouve à droite les chambres de Mme Hugo et de sa fille Adèle. Elles sont fermées au public. À gauche, ce sont les salons.

Le salon rouge et le salon bleu. Ils communiquent entre eux, créant une pièce de plus de douze mètres. Ils sont beaucoup plus lumineux que les pièces du rez-de-chaussée, plus riches et éclatants. Ici les Hugo organisaient de grandes réceptions ou les réunions de famille. La décoration du salon rouge est “flamboyante”, tape à l’œil, rococo…

Le salon bleu est plus simple, décoré avec élégance. Des meubles fins, une décoration plus sobre, des chinoiseries parfaitement mises en scène.

La pièce donne sur la serre ou véranda, toute vitrée avec des meubles en rotin. Victor Hugo venait lire et s’y reposer. Une porte donne sur le balcon.

La vue est y magnifique. En bas le parc de la maison, au loin la mer. Un escalier en colimaçon a été installé pour la sécurité du musée au bout du balcon.

2e étage

La chambre de Garibaldi et son grand lit. © photo Caroline Paux
Au 2e étage, La Galerie de chêne et ses trois chaises gravées (Filius, Pater, Mater), comme dans un tribunal…Au 2e étage, La Galerie de chêne et ses trois chaises gravées (Filius, Pater, Mater), comme dans un tribunal…Au sommet de l’escalier, une verrière ovale et un superbe lustre en cristal donnent de la lumière aux marches. On arrive sur la bibliothèque, installée dans le palier. Victor Hugo disait « J’aime un livre, je hais une bibliothèque… »

Après la visite des salons, véritable contraste avec la galerie de chêne. Le bois est partout. C’est une pièce étonnante, sombre. Trois chaises devant une table accueillent les visiteurs. Victor Hugo y a fait graver « Filius » (fils), « Pater » (père) et « Mater » (mère). C’est aussi un voyage spirituel avec des sculptures de saints, réparties un peu partout dans la pièce.

La chambre de Garibaldi s’appelle ainsi car Victor Hugo avait invité Garibaldi à venir partager son exil en 1866 après la défaite de Mentana. Celui-ci ne vint jamais. Un immense lit est au cœur de la pièce. Pour y accéder il faut passer par un portique “Tristesse et Joie”. Une inscription « Nox – Mors – Lux » (la nuit, la mort, la lumière) est gravée dans le bois du dos de lit réalisé grâce à un assemblage de coffres. Et juste au-dessus siège la tête d’un homme qui rit. Cette chambre était censée être celle de Victor Hugo mais il ne l’utilisa que lorsqu’il était malade.

3e étage : la lumière

La très petite chambre à coucher de Victor Hugo, comme une “cellule” de prisonnier exilé © photo Caroline Paux
À Hauteville House, Victor Hugo travaille, la plupart du temps de son exil, au troisième étage. C’est son domaine exclusif qu’il n’oublie pas de fermer à clé lorsqu’il descend, craignant les indiscrets. C’est là qu’il a installé sa chambre, genre de cellule étroite avec un canapé-lit au fond, sur toute la largeur. La pièce est tapissée d’une soie japonaise. C’est ici également qu’il a fait construire son « look out », une pièce entièrement vitrée, inondée de lumière avec une fabuleuse vue sur la ville et sur l’océan.

Victor Hugo aimait marcher sur le long balcon et profiter du merveilleux point de vue sur son jardin, sur la ville et la mer © photo Caroline Paux
L’écrivain y travaillait debout… ou en marchant. « Puisqu’il faut, disait-il, mourir de quelque manière, j’aime mieux que ce soit par les jambes que par la tête, et j’use mes jambes en marchant beaucoup et en évitant trop de m’asseoir ». Il n’avait qu’à lever les yeux pour apercevoir, certains jours, les côtes françaises.

Dans cette serre, il écrivit La légende des Siècles, Les Misérables, William Shakespeare, Les Chansons des Rues et des Bois, Les Travailleurs de la Mer, Paris, L’Homme qui rit…

Caroline Paux

La maison de Victor Hugo en travaux

Sur la façade de l’entrée une plaque signale aux visiteurs le don de la maison à la ville de Paris par les descendants de Victor Hugo © photo Caroline Paux
La ville de Paris, propriétaire de la Maison de Victor Hugo depuis 1927, a lancé un vaste projet de restauration qui va démarrer le 1er octobre jusqu’en avril 2019. Il était important d’effectuer des travaux car la maison se dégrade. Elle est soumise à des...

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