Patrimoine de France

La Retirada, de Collioure à Argelès-sur-Mer

Lieux de Mémoire
La Retirada, de Collioure à Argelès-sur-Mer

Comme tous les départements-frontière, on trouve de nombreux sites de mémoire liés aux conflits du 20ème siècle. Après avoir vu comment les différentes mémoires se retrouvent au Mémorial du camp de Rivesaltes, parcourons la côte de Collioure à Argelès-sur-Mer sur les traces de l’histoire de la Retirada. Par François Rousseau

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La Retirada, de Collioure à Argelès-sur-Mer

mercredi 02 août 2017
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Le Château Royal de Collioure © photo François Rousseau/ PdF 2017
La vrai mémoire de la Retirada, il faut aller la chercher à Collioure ou à Argelès-sur-Mer, dans les villages derrière la frontière franchie par les Républicains espagnols en déroute, lorsque la prise de Barcelone le 26 janvier 1939 déclenche l’exil vers la France. 140 000 réfugiés passent la frontière à Cerbère dans les premiers jours de février.

 

Le seul lieu encore authentique de la Retirada est le Château Royal de Collioure. Si la mémoire officielle est partie à Rivesaltes, le public attend une véritable exposition permanente mémorielle. Mais le château appartient au Conseil général, qui vient de mettre tous ses efforts dans l’ouverture du Mémorial de Rivesaltes.

Dans les souterrains qui ont servi de prison, une exposition de préfiguration montée par l’association FFREEE commémore la mémoire du millier d’hommes incarcéré au château en 1939 dans le 1er camp disciplinaire de la Troisième République.

Le château, élevé sur le site d’un ancien castrum romain, devient la résidence d’été des Rois de Majorque entre 1276 et 1344. Occupé par les Espagnols, il tombe aux mains des Français en 1642, assiégé par les 10 000 mousquetaires dépêchés par Louis XIII sous les ordres de d’Artagnan.

Le Traité des Pyrénées de 1659, qui rattache le Roussillon à la couronne française, permet les remaniements de Vauban qui fait élever l’enceinte extérieure et le bastion de la tour carrée. Il est classé Monument Historique en 1922.

On pénètre sur la place d’armes par la fausse-braie créée par Vauban.

Souterrains aménagés en cellule pour les Républicains © photo François Rousseau/ PdF 2017
Dans le château, seront internés tous les chefs des Brigades Internationales et des Républicains. La place d’armes servait pour les appels. Dans l’ancien cachot de la garnison, on aperçoit des traces de graffitis des prisonniers. Le camp disciplinaire de Collioure, commandé par un capitaine d’extrême-droite, ouvre le 4 mars 1939

Le préfet y envoi les réfugiés estimés dangereux, comme des syndicalistes et des officiers. En mai 1939, alors que 400 internés sont répartis dans le château, des témoignages de mauvais traitements font la Une de la presse. Le camp ferme le 4 décembre 1939 et les derniers Espagnols sont transférés au camp du Vernet.

Autre lieu de la mémoire de la Retirada à Collioure, la tombe d’Antonio Machado. Le grand poète espagnol fuit la dictature franquiste et trouve refuge à la Casa Quintana, où il meurt le 22 février 1939. Des officiers de la Seconde brigade de cavalerie républicaine portent son cercueil en terre.

 

Mémorial du Camp d’Argelès-sur-Mer, photos et souvenirs de l’exode © photo François Rousseau/ PdF 2017
Le Mémorial du Camp d’Argelès-sur-Mer, ouvert en 2014 au château de Valmy, a été créé par l’association FFREEE (Fils et Filles de Républicains Espagnols et Enfants de l’Exode), qui rassemble témoignages et documents chez les survivants.

La guerre d’Espagne est présentée comme un prélude à la Seconde Guerre mondiale. Un diaporama illustre les premiers jours du camp avec l’arrivée de 90 000 miliciens pourchassés par les franquistes, avant la construction des baraques en mai.

Premier camp à recevoir les exilés, il s’étendait sur le sable le long de la plage sur 1,5 km, entouré de barbelés. Le 24ème Régiment de Tirailleurs Sénégalais et les cavaliers du 7ème Spahis algérien sont affectés à la surveillance du camp.

En octobre 1940, des inondations exceptionnelles détruisent une partie des baraques. Le camp est utilisé par les Chantiers de jeunesse en 1941, puis démonté.

Maternité d’Elne © photo François Rousseau/ PdF 2017
Après l’hôtel des Pins, qui avait été réquisitionné par les officiers français responsables du camp, une stèle de granit a été érigée en 1999 sur la plage du Lido. C’est de cette époque que date la prise de conscience de l’histoire du camp.

Un monument au cimetière rappelle les nombreux morts parmi les internés.

A Elne, l’association du Secours Suisse aux enfants loue le château d’en Bardou, édifié en 1902, pour installer une maternité.

Dirigée par une jeune institutrice suisse, Elisabeth Eidenbenz, elle fonctionne du 7 décembre 19339 au 30 avril 1944. Message de combat et d’espoir dans cette période tragique, 595 enfants de mères internées dans les camps de 15 nationalités différentes y sont nés.

Le château, racheté par la commune en 2005 et classé Monument Historique en 2013, est devenu un musée.

 

François Rousseau

Informations pratiques

La Retirada, de Collioure à Argelès-sur-Mer

- Château Royal  66190 Collioure  Tel: 04 68 82 06 43

Ouvert de 10h à 18h15 (17h15 en septembre)

Plein tarif: 4€

- Mémorial du Camp d’Argelès-sur-Mer 

Espace Jules Pams  route de Valmy 

66700 Argelès-sur-Mer  Tel: 04 68 95 85 03

Entrée libre

- Maternité Suisse d’Elne 

Château d’en Bardou  route de Bages 

66200 Elne

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 12h30 et de 14h à 17h

Plein tarif: 3,5€, réduit: 2,5€

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