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Réouverture du Musée Napoléon 1er à Fontainebleau

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Réouverture du Musée Napoléon 1er à Fontainebleau

François 1e l’a construit, Louis XIV et Louis XV l’ont agrandi, mais c’est le souvenir de Napoléon qui reste indéfectiblement attaché au château de Fontainebleau. A cause bien sûr de l’escalier du Fer à Cheval, qui sert de fond au fameux tableau d’Horace Vernet Les Adieux de Fontainebleau. Fermé depuis neuf mois pour cause de rénovation, le Musée Napoléon rouvre ce dimanche 25 février. Par Françoise Deflassieux

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Réouverture du Musée Napoléon 1er à Fontainebleau

samedi 24 février 2018
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L’Empereur à la cour et à la guerre

Portrait de Napoléon Ier en costume de sacre, détail 1805-1811 Atelier de Gérard, François (1770-1837) Huile sur toile, 225x147 cm © Photo Marc Walter
Fontainebleau fut aussi une des résidences favorites de l’Empereur, la seule qui subsiste depuis la destruction des Tuileries et du château de Saint Cloud.

Après la Révolution, le château est passablement dégradé et surtout démeublé. Il faut donc restaurer et réaménager, en style Empire forcément. Avec des meubles dessinés par Percier, signés Jacob, qu’on peut encore admirer dans la salle du trône, le cabinet de l’abdication etc.

C’est donc logiquement que le Musée Napoléon est inauguré dans les anciens appartements princiers du XVIIIe s, il y a un peu plus de 30 ans, grâce aux deux legs successifs de la princesse Napoléon, en 1979 et 1988, qui forment le noyau de la collection.

Une collection qui s’est considérablement étoffée depuis et qu’il était urgent de, restructurer et surtout remettre aux normes de sécurité vol et incendie.

Après une fermeture de quelques mois, le musée  vient de rouvrir sur une nouvelle scénographie, plus moderne, plus didactique, plus adaptée au public actuel.

Le propos de Christophe Beyeler, conservateur en chef, est de montrer, à travers ces centaines d’objets, le système napoléonien dans sa rigueur… et ses faiblesses.

La première salle vouée à Napoléon Empereur et Roi, réunit quelques un des symboles du pouvoir, ayant échappé aux destruction de la Restauration. La tunique et la ceinture de satin blanc brodé d’or portées par l’Empereur le jour du sacre, une feuille de laurier en or, rescapée de la couronne et enchâssée dans une tabatière, et l’épée en or et jaspe sertie du Régent et autres diamants (aujourd’hui factices).

Ce faste affiché est pour Napoléon un instrument délibéré du pouvoir. Après la tourmente révolutionnaire, il importe de montrer que la France est à nouveau prospère,  qu’elle a renoué avec ses traditions d’excellence, le savoir-faire de ses  ébénistes, ses orfèvres, ses porcelaines de Sèvres et ses soieries de Lyon, en résumé que Paris est redevenu la capitale mondiale du luxe et du bon goût.

Un tableau symbolise bien la conception fastueuse et familiale du pouvoir impérial : celui du banquet donné aux Tuileries pour le mariage avec l’archiduchesse Marie-Louise le 2 avril 1810.  

Musée Napoléon Ier, salle « Le faste de la table impériale » Photo © Château de Fontainebleau/Serge Reby
L’Empereur et sa jeune épouse sont assis au centre de la table. Autour d’eux, ses frères et sœurs et leurs conjoints : Louis, roi de Hollande, Joseph roi d’Espagne, Eugène de Beauharnais, vice-roi d’Italie, Caroline et Murat roi de Naples, Jérôme, roi de Westphalie, piliers supposé d’une politique familiale qui s’avéra désastreuse. Autour d’eux, debout et à jeun, la foule chamarrée des ministres, chambellans, dignitaires, second cercle du pouvoir. On reconnaît aussi sur la table les nefs et les cadenas de vermeil, ainsi que les statuettes en biscuit de Sèvres, qui figurent dans les vitrines.

Ce déploiement de luxe fait partie du système. Autour de l’Empereur, chacun est prié de consommer. Ministres, maréchaux, dignitaires, richement dotés, tous doivent vivre dans le faste, qu’ils le veuillent ou non, et sont tenus de faire marcher les industries du luxe par des commandes somptueuses de costumes, de mobilier, d’orfèvrerie, de vaisselle.

Les productions “de l’art et de l’industrie“ sont bien sûr un moyen de propagande par le biais de cadeaux diplomatiques  : tabatières d’orfèvrerie ornés du portrait de l’Empereur ou de l’impératrice, cabarets de porcelaine de Sèvres, etc.  qui propagent le savoir faire français loin des frontières.

Vase étrusque à larmier orné de deux scènes de Napoléon thaumaturge Manufacture impériale de Sèvres © Photo Marc Walter
La manufacture de Sèvres est très présente dans les vitrines du musée. Si aucun service complet n’a été conservé, un ensemble d’assiettes représentent les services nommés par leur décor : châteaux fameux, figures antiques, vues d’Égypte, dieux de l’Olympe, fleurs et papillons…

Mais l’objet le plus étonnant est un vase “étrusque“, inspiré des vases attiques à figures rouges sur fond noir, du Ve s. av.J.C. Une pièce unique à ce jour, acquise en Angleterre, On y reconnaît l’empereur, vêtu de nudité antique, touchant un invalide du bâton d’Esculape. Version moderne du roi thaumaturge touchant les écrouelles. Sur l’autre face, il est habillé et s’occupe des pestiférés de Jaffa.

Ce vase aurait été offert en 1807 au prince royal de Prusse (en compensation sans toute du quadrige de la porte de Brandebourg, saisi après Iéna et restitué à la Prusse par Louis XVIII !). On ne connaît pas d’autre exemple de cette propagande.

Évocation de la tente de l’Empereur en campagne © Photo Marc Walter
Napoléon est plus souvent à la guerre qu’en famille. En campagne, le luxe n’est pas exclu mais se fait plus discret. La redingote grise et le feutre noir remplacent le velours  brodé et la couronne d’or, le sceptre fait place au sabre. Mais les maréchaux sont tenus d’arborer, les jours de bataille leur grand uniforme brodé d’or.

Pour la toilette, empereur et officiers se contentent d’un nécessaire (en vermeil et cristal tout de même) contenu dans un coffret d’acajou marqué Au Singe Violet, l’enseigne de l’orfèvre-tabletier Biennais. Un bidet pliable et un clystère “soi-même“ introduisent le visiteur au cœur de l’intimité impériale. L’Empereur emporte tout de même dans ses bagages des assiettes et couverts en argent quand la  bataille est finie, et gagnée bien sûr.

On est séduit par le nombre et la variété des objets présentés. Il faut pourtant noter que cette réouverture n’est qu’une phase transitoire avant un redéploiement complet du musée sur deux étages, prévu dans six ou huit ans, qui permettra d’exposer d’autres acquisitions récentes et à venir.

Assiettes du service particulier de l’Empereur, Dépôt du Mobilier national et Dépôt du musée de Malmaison,Manufacture impériale de Sèvres © Photo Marc Walter
Nous parlons régulièrement des préemptions notoires et des ventes aux enchères consacrées à l’épopée napoléonienne. L’époque n’est pas si lointaine et les souvenirs de l’Empire sont nombreux sur le marché de l’art (à commencer par l’hôtel des ventes voisin où Me Jean-Pierre Osenat, s’est spécialisé dans la chose).

Les préemptions, dons, dations, donations, mécénat et acquisitions se succèdent chaque année, quand les enchères ne s’emballent pas trop, ce qui est la cas si une mesure de classement ne vient pas les freiner.

Napoléon rime avec inflation sur le marché du souvenir historique et les objets phares sont malheureusement inaccessibles quand le mécénat ne vient pas au secours du au maigre budget d’acquisition du musée (200.000.€ !).

Par exemple, l’adjudication récente pour 625 000€. d’une des feuilles d’or de la couronne du sacre n’a pas permis qu’elle rejoigne celle toute pareille acquise en 1984 sur préemption pour 80.000 F (soit environ 12.000.€ !)

Assiette du service de Cambacérès : Vue de l’étang de Fontainebleau et de la cour des Fontaines dans l’éloignement 1806 Manufacture impériale de Sèvres et Jean-François Robert Porcelaine dure, D.23, 3 cm Photo © Château de Fontainebleau/Lou-Naëma Fischer-Barnicol
Les donateurs particuliers et institutionnels sont heureusement nombreux. La Société des Amis du château, les antiquaires parisiens participent aussi pour beaucoup à cet enrichissement. Le système des dations permet  à des héritiers de s’acquitter en nature de droits de succession, il y a aussi les donations parfois désintéressées comme  le matrice en cuivre d’une gravure récupérée par un particulier.

Actuellement une campagne de souscription lancée en 2016, Des Sèvres pour Fontainebleau, a permis d’acquérir quelques pièces majeures d’une importante collection américaine : un cabaret (service à thé) offert par Marie-Louise à Mme Mère, un vase fuseau à l’effigie de Jules César, une tasse et sa soucoupe cadeau de l’impératrice à la maréchale Lannes et quatre assiettes “au marli d’or“. D’autres restent à acquérir et la souscription n’est pas fermée.*

 

Françoise Deflassieux


Informations pratiques

Réouverture du Musée Napoléon 1er à Fontainebleau

*Voir bon de souscription sur le site du musée

Ouverture dimanche 25 février 2018

Chaque jour sauf mardi, 9h30-17h, 9h30-18h d’avril à septembre

Tarifs –Château et Musée : 12€, TR. 10€.

- Château de Fontainebleau


77300 Fontainebleau

Téléphone : 01 60 71 50 70


www.musee-chateau-fontainebleau.fr

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