Fouilles à Bretteville sur Odon

l’Institut national de recherches archéologiques préventives, l'Inrap engagé dans l’archéologie des conflits contemporains, vient d'achever une fouille préventive à Bretteville-sur-Odon dans le Calvados.

Un site fortifié allemand de la Seconde Guerre mondiale dans la Plaine de Caen

Instruite à la demande de la DRAC Normandie, l’étude du site de Bretteville-sur-Odon revêt un intérêt à la fois sur le plan patrimonial, en tant que vestiges de la zone arrière du mur de l’Atlantique, mais aussi sur les plans historique et archéologique, du fait de la destruction ordonnée par H. Goering des archives de la Luftwaffe à la fin du conflit.

L'opération n'aura pas été vaine car elle a permis de découvrir les vestiges d’un vaste ensemble défensif allemand de la Seconde Guerre mondiale, situé dans le périmètre défensif de l’aérodrome militaire de Carpiquet, pris par l’armée allemande puis devenu cible des bombardements alliés lors de la libération.

Cette fouille préventive offre pour la première fois l’opportunité d’appréhender l’organisation d'un site fortifié allemand dans sa globalité. Elle met en lumière le fonctionnement méconnu d'un des sites majeurs de la défense de la base de Carpiquet tout en dévoilant la vie quotidienne des soldats qui l'occupaient. Cet éclairage nouveau vient donc enrichir et renouveler notre perception de la plus vaste ligne de fortification jamais construite en Europe.

Un peu d'Histoire

 

Un point d'appui allemand (1941 - 1944)

C'est un vaste ensemble fortifié mis en place par les troupes allemandes dès 1941. Rattaché à la Luftwaffe (armée de l'air allemande), ce site avait en charge la défense antiaérienne du secteur et la protection des installations stratégiques de Carpiquet. Il faisait partie d'un ensemble composé d'une vingtaine de sites d'importance variable qui ceinturait l'aérodrome.

Occupé successivement par différentes unités de la Flak (défense antiaérienne allemande). Il n'existe aucune source concernant l'aménagement du site et son fonctionnement. Les informations concernant l'armement en place sont peu précises. 

Un site fortifié loin des standards du Mur de l'Atlantique

Bien que situé à plus de 15 km des côtes sableuses du Calvados, le site de Bretteville-sur-Odon faisait partie du Mur de l'Atlantique, qui avait en charge la défense des côtes de l'Europe occidentale. Contrairement aux autres constructions du Mur de l’Atlantique, les structures découvertes ici sont totalement dépourvues de béton armé.

Les matériaux employés mais aussi les techniques de construction mises en œuvre viennent bousculer et nuancer l'image d'un Atlantikwall infranchissable vanté par la propagande nazie.

Deux zones se distinguent clairement au sein du site. La partie sud présente des abris enterrés maçonnés en pierre calcaire tandis que le pôle situé au nord se limite à des excavations aménagées directement dans le substrat, dépourvues de maçonnerie.

Autour de ces fosses, identifiées comme des unités de vie ou de stockage, des dépotoirs particulièrment riches en mobilier (lits, vaisselle, flacons, et restes de repas) nous renseignent sur le quotidien de la garnison.

 

 

Les combats de juin - juillet 1944

La fouille a également mis au jour plusieurs trous d'hommes attribuables aux troupes anglo-canadiennes. Ces abris excavés sommaires ont livré du mobilier guerrier discret mais révélateur : casques, éléments d'équipement et munitions tirées. Plusieurs structures ont également révélé des morceaux d'aluminium peints, pour certains très bien conservés. Ces fragments métalliques font directement référence à l'aviation, il est fort probable qu'un avion soit tombé à proximité immédiate de la partie nord du site de fouille. Lors de la remise en culture des parcelles, ces éléments métalliques ont été enterrés tout autour du site du « crash ». Il conviendra maintenant d'identifier ces éléments pour savoir s'il s'agissait d'un appareil allié ou allemand.

 

Un site à vocation défensive

Les traces des bombardements et les années de la Reconstruction

L'abandon du site par les soldats allemands au tout début du mois de juillet 1944 ne marque pas sa destruction. Les structures en creux restent visibles jusqu'en 1947 et ne disparaissent réellement qu'au tout début des années 1950 avec la remise en culture des parcelles.

La fouille a démontré qu'entre 1945 et 1950, le site de Bretteville a servi de dépotoir avant d'être définitivement nivelé.

En plus d'avoir servi à éliminer les éléments de défense du point d'appui tel que les réseaux de barbelés et les piquets de clôture, les vastes abris excavés ont accueilli les déblais consécutifs aux bombardements de la ville de Caen et de sa périphérie. Des habitations entières mais aussi des commerces détruits par les raids alliés ont été évacués dans ces fosses à ciel ouvert avec tout leur mobilier. La vaisselle brisée et fondue se retrouve mêlée aux carcasses tordues de véhicules mais aussi aux enseignes publicitaires des commerces.

Tous ces éléments parfois émouvants, à l'image de cette horloge qui s'est arrêtée au moment du bombardement, viennent compléter et documenter les années qui suivirent la fin des combats et la Reconstruction qui s'en est suivie.

Les traces des bombardements et les années de la Reconstruction

L'abandon du site par les soldats allemands au tout début du mois de juillet 1944 ne marque pas sa destruction. Les structures en creux restent visibles jusqu'en 1947 et ne disparaissent réellement qu'au tout début des années 1950 avec la remise en culture des parcelles.

La fouille a démontré qu'entre 1945 et 1950, le site de Bretteville a servi de dépotoir avant d'être définitivement nivelé. En plus d'avoir servi à éliminer les éléments de défense du point d'appui tel que les réseaux de barbelés et les piquets de clôture, les vastes abris excavés ont accueilli les déblais consécutifs aux bombardements de la ville de Caen et de sa périphérie.

Fouilles de Bretteville-sur-Odon

Aménageur : FONCIM
Recherches archéologiques : Inrap
Responable d’opération : Benoît Labbey, Inrap
 

 

 

L'INRAP participe à l’étude du patrimoine archéologique en amont des travaux d’aménagement du territoire et réalise chaque année quelque 1800 diagnostics archéologiques et plus de 200 fouilles pour le compte des aménageurs privés et publics, en France métropolitaine et outre-mer

23 Juil 2020 0 comment
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Fouilles à Bretteville-sur-Odon Fouilles à Bretteville-sur-Odon © Benoît Labbey, Inrap

l’Institut national de recherches archéologiques préventives, l'Inrap engagé dans l’archéologie des conflits contemporains, vient d'achever une fouille préventive à Bretteville-sur-Odon dans le Calvados.

Un site fortifié allemand de la Seconde Guerre mondiale dans la Plaine de Caen

Instruite à la demande de la DRAC Normandie, l’étude du site de Bretteville-sur-Odon revêt un intérêt à la fois sur le plan patrimonial, en tant que vestiges de la zone arrière du mur de l’Atlantique, mais aussi sur les plans historique et archéologique, du fait de la destruction ordonnée par H. Goering des archives de la Luftwaffe à la fin du conflit.

L'opération n'aura pas été vaine car elle a permis de découvrir les vestiges d’un vaste ensemble défensif allemand de la Seconde Guerre mondiale, situé dans le périmètre défensif de l’aérodrome militaire de Carpiquet, pris par l’armée allemande puis devenu cible des bombardements alliés lors de la libération.

Cette fouille préventive offre pour la première fois l’opportunité d’appréhender l’organisation d'un site fortifié allemand dans sa globalité. Elle met en lumière le fonctionnement méconnu d'un des sites majeurs de la défense de la base de Carpiquet tout en dévoilant la vie quotidienne des soldats qui l'occupaient. Cet éclairage nouveau vient donc enrichir et renouveler notre perception de la plus vaste ligne de fortification jamais construite en Europe.

Un peu d'Histoire

 

Un point d'appui allemand (1941 - 1944)

C'est un vaste ensemble fortifié mis en place par les troupes allemandes dès 1941. Rattaché à la Luftwaffe (armée de l'air allemande), ce site avait en charge la défense antiaérienne du secteur et la protection des installations stratégiques de Carpiquet. Il faisait partie d'un ensemble composé d'une vingtaine de sites d'importance variable qui ceinturait l'aérodrome.

Occupé successivement par différentes unités de la Flak (défense antiaérienne allemande). Il n'existe aucune source concernant l'aménagement du site et son fonctionnement. Les informations concernant l'armement en place sont peu précises. 

Un site fortifié loin des standards du Mur de l'Atlantique

Bien que situé à plus de 15 km des côtes sableuses du Calvados, le site de Bretteville-sur-Odon faisait partie du Mur de l'Atlantique, qui avait en charge la défense des côtes de l'Europe occidentale. Contrairement aux autres constructions du Mur de l’Atlantique, les structures découvertes ici sont totalement dépourvues de béton armé.

Les matériaux employés mais aussi les techniques de construction mises en œuvre viennent bousculer et nuancer l'image d'un Atlantikwall infranchissable vanté par la propagande nazie.

Deux zones se distinguent clairement au sein du site. La partie sud présente des abris enterrés maçonnés en pierre calcaire tandis que le pôle situé au nord se limite à des excavations aménagées directement dans le substrat, dépourvues de maçonnerie.

Autour de ces fosses, identifiées comme des unités de vie ou de stockage, des dépotoirs particulièrment riches en mobilier (lits, vaisselle, flacons, et restes de repas) nous renseignent sur le quotidien de la garnison.

 

 

Les combats de juin - juillet 1944

La fouille a également mis au jour plusieurs trous d'hommes attribuables aux troupes anglo-canadiennes. Ces abris excavés sommaires ont livré du mobilier guerrier discret mais révélateur : casques, éléments d'équipement et munitions tirées. Plusieurs structures ont également révélé des morceaux d'aluminium peints, pour certains très bien conservés. Ces fragments métalliques font directement référence à l'aviation, il est fort probable qu'un avion soit tombé à proximité immédiate de la partie nord du site de fouille. Lors de la remise en culture des parcelles, ces éléments métalliques ont été enterrés tout autour du site du « crash ». Il conviendra maintenant d'identifier ces éléments pour savoir s'il s'agissait d'un appareil allié ou allemand.

 

Un site à vocation défensive

Les traces des bombardements et les années de la Reconstruction

L'abandon du site par les soldats allemands au tout début du mois de juillet 1944 ne marque pas sa destruction. Les structures en creux restent visibles jusqu'en 1947 et ne disparaissent réellement qu'au tout début des années 1950 avec la remise en culture des parcelles.

La fouille a démontré qu'entre 1945 et 1950, le site de Bretteville a servi de dépotoir avant d'être définitivement nivelé.

En plus d'avoir servi à éliminer les éléments de défense du point d'appui tel que les réseaux de barbelés et les piquets de clôture, les vastes abris excavés ont accueilli les déblais consécutifs aux bombardements de la ville de Caen et de sa périphérie. Des habitations entières mais aussi des commerces détruits par les raids alliés ont été évacués dans ces fosses à ciel ouvert avec tout leur mobilier. La vaisselle brisée et fondue se retrouve mêlée aux carcasses tordues de véhicules mais aussi aux enseignes publicitaires des commerces.

Tous ces éléments parfois émouvants, à l'image de cette horloge qui s'est arrêtée au moment du bombardement, viennent compléter et documenter les années qui suivirent la fin des combats et la Reconstruction qui s'en est suivie.

Les traces des bombardements et les années de la Reconstruction

L'abandon du site par les soldats allemands au tout début du mois de juillet 1944 ne marque pas sa destruction. Les structures en creux restent visibles jusqu'en 1947 et ne disparaissent réellement qu'au tout début des années 1950 avec la remise en culture des parcelles.

La fouille a démontré qu'entre 1945 et 1950, le site de Bretteville a servi de dépotoir avant d'être définitivement nivelé. En plus d'avoir servi à éliminer les éléments de défense du point d'appui tel que les réseaux de barbelés et les piquets de clôture, les vastes abris excavés ont accueilli les déblais consécutifs aux bombardements de la ville de Caen et de sa périphérie.

Fouilles de Bretteville-sur-Odon

Aménageur : FONCIM
Recherches archéologiques : Inrap
Responable d’opération : Benoît Labbey, Inrap
 

 

 

L'INRAP participe à l’étude du patrimoine archéologique en amont des travaux d’aménagement du territoire et réalise chaque année quelque 1800 diagnostics archéologiques et plus de 200 fouilles pour le compte des aménageurs privés et publics, en France métropolitaine et outre-mer

Informations supplémentaires

  • Région: Normandie
Dernière modification le jeudi, 23 juillet 2020 16:30

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