Un jardin historique

Un jardin historique, c’est un monument vivant. Celui de l’abbaye de Saint André, dans l’enceinte du fort éponyme de Villeneuve-les-Avignon, mérite cette affirmation.

Simple verger et garrigue au XIXe siècle, c’est après l’acquisition de l’abbaye par Gustave Fayet en 1916 que la poétesse et peintre Elsa Koeberlé se consacra à la remise en état de l’abbaye et de ses jardins. Dessinant des plans à l’italienne, avec bassins, roseraies, pergola… Une œuvre poursuivie à la mort d’Elsa, en 1950, par Roseline Bacou, petite fille de Gustave Fayet.

Ce havre, labellisé « jardin remarquable » en 2014, est aussi une préoccupation des successeurs de la même famille, Gustave et Marie Viennet.

 

Gabrielle devant l'une de ses oeuvres © photo G.Hébert/PdF 2019

Ils mettent aujourd’hui en place de nouvelles animations autour des jardins, et leur donnent un nouveau souffle. Impossible de résister à la beauté du lieu, belvédère face au palais des Papes d’Avignon, sur la rive opposée du Rhône. Comme au brunch végétal du samedi matin. Ou aux concerts, balades musicales, visites nocturnes, levers de soleil en musique sur les grandes terrasses… Sans oublier les visites guidées du jeudi matin ou les ateliers thématiques mensuels, au fil des saisons.

Animés par Olivier Ricomini,  le poète jardinier du lieu. Voire simplement venir flâner, avant de terminer par une halte gourmande inspirée par le jardin, à l’Hortus café. Tout en profitant de la visite de l’abbaye, sur réservation, et de l’exposition du moment, autour du végétal. Que Gabrielle de Lassus Saint-Geniès inaugure avec « Herbier d’Azur ». Des choix diversifiés en fonction de vos dates de visite.

 

Les amoureux du patrimoine aimeront aussi connaître l’histoire du lieu.

Sur la rive droite du Rhône, ce promontoire rocheux a été le refuge de Casarie, femme ermite morte en 586. Une inscription conservée à la collégiale de Villeneuve révèle qu’elle a été inhumée par Valens, probablement un des premiers évêques d’Avignon, au titre d’époux et de prélat. Une situation permise par l’Eglise pendant un millénaire ! Sa sépulture devint l’objet d’une vénération, ce qui explique l’importante nécropole qui l’entoure.

 

Vue de l'abbaye avant sa démolition partielle © photo G.Hébert/PdF 2019

 

Une abbaye bénédictine fut approuvée dès 982 et confirmée, en 999, par un privilège du pape Grégoire V. De la basilique primitive subsiste un mur appuyé sur la grotte de Casarie. Lui ont succédé deux églises. Une consacrée en 1024, dont deux arcades du cloître roman subsistent, et une en 1118, dédiée à l’apôtre Saint-André.

Une chapelle à deux travées vint au XIVe siècle la prolonger. Entre temps, le roi Louis VIII, hôte de l’abbé de Saint-André pendant le siège Avignon de 1226, y signa un acte faisant du roi de France et de l’abbé des co-seigneurs de Villeneuve. Entrainant  la construction du Fort Saint André, en 1292. Achevé 80 ans plus tard, sous le règne de Jean le Bon, à qui l’on doit probablement le porche gothique entre les tours jumelles du fort. Ces évènements inaugurèrent deux siècles qui marquèrent l’apogée matérielle et spirituelle de l’abbaye. Il fallut ensuite attendre le ralliement de l’abbaye à la congrégation de Saint-Maur, en 1637, pour que d’importants travaux soient entrepris. Aboutissant à un vaste bâtiment que l’on peut observer sur un tableau de l’anglais Marlow, peint en1765.

Suite à la Révolution, Pierre-Ignace Guiraud acheta l’abbaye, en décida la démolition et la vente des matériaux. Seul reste aujourd’hui le pavillon d’entrée du Palais abbatial, amputé de ses deux derniers étages.

En 1912, le peintre Louis Joseph Yperman en fit l’acquisition. Une période plus heureuse pour le devenir des lieux.

On peut encore voir, dans l’une des galeries de Saint-André, une œuvre d’Emile Bernard, ami du propriétaire : un cycle de trois peintures à la détrempe représentant l’Annonciation, La danse dans le Paradis et Les Anges musiciens. En 1916, Gustave Fayet, peintre et collectionneur,  permit à Elsa Koeberlé de donner sa mesure, et sa fortune, dans la remise en état des lieux.

Elle y accueillit  Paul Claudel et y vécut jusqu’à sa mort en 1950. Roselyne Bacou poursuivit les travaux, rassembla des sépultures et restaura un petit oratoire du 11e siècle, dédié à Sainte Casarie. En 1991, elle ouvrit  au public l’abbaye et les jardins, classés aux monuments historiques en 1947.

 

Quant à ces jardins, il fallut attendre les XVIIe et XVIIIe siècles pour qu’aux oliviers de la partie haute soit ajouté un verger, les Mauristes ayant creusé dans le roc un puits jusqu’au Rhône. Un espace que reconstituèrent Elsa Koeberlé et Génia Lioubow. En s’inspirant de la villa toscane du XVIe siècle, elles installèrent une longue pergola aux colonnes de pierre, couverte au printemps de glycines et de rosier de Banks.

Et après la mort de Roseline Bacou, en 2013, le patrimoine fut légué à des descendants de Gustave Fayet. Ils mènent depuis une campagne de travaux pour le palais abbatial et initie une nouvelle philosophie du jardin, respectueuse des sols et de la bio-diversité. Grace à Marie et Gustave Viennet et leur jardinier Olivier Ricomini, Saint-André est devenu un refuge de la Ligue pour la Protection des Oiseaux et est en cours de labellisation « Ensemble arboré remarquable ».  Avec ses oliviers millénaires, ses arbres de Judée et ses pins sculptés par le vent.

Les jardins de l'Abbaye © photo G.Hébert/PdF 2019

 

Il ne restait plus qu’à offrir aux visiteurs des expositions temporaires dans l’esprit du lieu. Objectif déjà atteint avec les cyanotypes  de Gabrielle de Lassus Saint-Geniès. Ils lancent la saison de belle manière. « Mon univers bleu est un mélange de technique, de poésie et de littérature » glisse Gabrielle, docteure en histoire de l’art victorien.

Après avoir été récompensée par l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse, en 2018, pour son recueil de poésies Hortus Conclusus-Les Litanies du Jardin, elle vient de présenter son premier roman,  L’Anglaise d’Azur. Consacré à Anna Atkins (1799-1871), photographe et botaniste, la première à publier un livre utilisant la technique du cyanotype. *

Découverte en 1841 par John Herschel, « l’art du cyanotype résulte d’une savante alchimie […] Il est le fruit de l’action de la lumière du soleil autour d’un élément posé sur un papier imprégné  de composés chimiques photosensibles [...] La silhouette blanche de l’élément se déploie sur un fond bleu cyan ». Gabrielle est fascinée par ce procédé. « Cela permet de ré-envisager la plante par sa forme et non par sa couleur. Quand on la retire, on voit des détails qui n’apparaissent pas à l’œil nu » s’émerveille la poétesse, passionnée de botanique et de littérature.

Et l’on est sensible à son travail, à ses cyano-poèmes comme à sa dizaine de séries consacrées majoritairement au végétal. Faisant place à l’émotion et aux songes, en nous renvoyant également au « bleu mystique » de Baudelaire ou à L’AZUR de Mallarmé.

Exposition Herbier d'Azur à l'Abbaye Saint-André © photo G.Hébert/PdF 2019

 

Avec Gabrielle et ses multiples œuvres, présentées dans l’abbaye jusqu’au 28 avril, le végétal et l’Azur triomphent..., comme dans l’abbaye. Avant de céder la place à Nature Divine par Jan Dilenschneider, Eveil d’Essences par Alain Mailland, Elisabeth Mézieres, Arnaud Mainardi. Et finir, à l’automne, par Le souffle du paysage par Claire Degans.

 

Guy Hébert

 1er mars au 28 avril : exposition « Herbier d’Azur »

Abbaye Saint-André, rue Montée du Fort 30400 Villeneuve-lez-Avignon

04 90 25 55 95 / info@abbayesaintandre.fr

Ouverture du 1er mars au 3 novembre, y compris jours fériés. Fermeture les lundis.

En mars, de 10h à 17h, en avril de 10h à 13h et de 14h à 18h, de mai à septembre de 10h à 18h, en octobre de 10h à 13h et de 14h à 17h.

Sur place : boutique et Hortus café en extérieur, de mai à octobre.

Mécénat : www.abbayesaintandre.fr/mecenat/

19 Mar 2019 9 Commentaires
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  Guy Hébert

Un jardin historique, c’est un monument vivant. Celui de l’abbaye de Saint André, dans l’enceinte du fort éponyme de Villeneuve-les-Avignon, mérite cette affirmation.

Simple verger et garrigue au XIXe siècle, c’est après l’acquisition de l’abbaye par Gustave Fayet en 1916 que la poétesse et peintre Elsa Koeberlé se consacra à la remise en état de l’abbaye et de ses jardins. Dessinant des plans à l’italienne, avec bassins, roseraies, pergola… Une œuvre poursuivie à la mort d’Elsa, en 1950, par Roseline Bacou, petite fille de Gustave Fayet.

Ce havre, labellisé « jardin remarquable » en 2014, est aussi une préoccupation des successeurs de la même famille, Gustave et Marie Viennet.

 

Gabrielle devant l'une de ses oeuvres © photo G.Hébert/PdF 2019

Ils mettent aujourd’hui en place de nouvelles animations autour des jardins, et leur donnent un nouveau souffle. Impossible de résister à la beauté du lieu, belvédère face au palais des Papes d’Avignon, sur la rive opposée du Rhône. Comme au brunch végétal du samedi matin. Ou aux concerts, balades musicales, visites nocturnes, levers de soleil en musique sur les grandes terrasses… Sans oublier les visites guidées du jeudi matin ou les ateliers thématiques mensuels, au fil des saisons.

Animés par Olivier Ricomini,  le poète jardinier du lieu. Voire simplement venir flâner, avant de terminer par une halte gourmande inspirée par le jardin, à l’Hortus café. Tout en profitant de la visite de l’abbaye, sur réservation, et de l’exposition du moment, autour du végétal. Que Gabrielle de Lassus Saint-Geniès inaugure avec « Herbier d’Azur ». Des choix diversifiés en fonction de vos dates de visite.

 

Les amoureux du patrimoine aimeront aussi connaître l’histoire du lieu.

Sur la rive droite du Rhône, ce promontoire rocheux a été le refuge de Casarie, femme ermite morte en 586. Une inscription conservée à la collégiale de Villeneuve révèle qu’elle a été inhumée par Valens, probablement un des premiers évêques d’Avignon, au titre d’époux et de prélat. Une situation permise par l’Eglise pendant un millénaire ! Sa sépulture devint l’objet d’une vénération, ce qui explique l’importante nécropole qui l’entoure.

 

Vue de l'abbaye avant sa démolition partielle © photo G.Hébert/PdF 2019

 

Une abbaye bénédictine fut approuvée dès 982 et confirmée, en 999, par un privilège du pape Grégoire V. De la basilique primitive subsiste un mur appuyé sur la grotte de Casarie. Lui ont succédé deux églises. Une consacrée en 1024, dont deux arcades du cloître roman subsistent, et une en 1118, dédiée à l’apôtre Saint-André.

Une chapelle à deux travées vint au XIVe siècle la prolonger. Entre temps, le roi Louis VIII, hôte de l’abbé de Saint-André pendant le siège Avignon de 1226, y signa un acte faisant du roi de France et de l’abbé des co-seigneurs de Villeneuve. Entrainant  la construction du Fort Saint André, en 1292. Achevé 80 ans plus tard, sous le règne de Jean le Bon, à qui l’on doit probablement le porche gothique entre les tours jumelles du fort. Ces évènements inaugurèrent deux siècles qui marquèrent l’apogée matérielle et spirituelle de l’abbaye. Il fallut ensuite attendre le ralliement de l’abbaye à la congrégation de Saint-Maur, en 1637, pour que d’importants travaux soient entrepris. Aboutissant à un vaste bâtiment que l’on peut observer sur un tableau de l’anglais Marlow, peint en1765.

Suite à la Révolution, Pierre-Ignace Guiraud acheta l’abbaye, en décida la démolition et la vente des matériaux. Seul reste aujourd’hui le pavillon d’entrée du Palais abbatial, amputé de ses deux derniers étages.

En 1912, le peintre Louis Joseph Yperman en fit l’acquisition. Une période plus heureuse pour le devenir des lieux.

On peut encore voir, dans l’une des galeries de Saint-André, une œuvre d’Emile Bernard, ami du propriétaire : un cycle de trois peintures à la détrempe représentant l’Annonciation, La danse dans le Paradis et Les Anges musiciens. En 1916, Gustave Fayet, peintre et collectionneur,  permit à Elsa Koeberlé de donner sa mesure, et sa fortune, dans la remise en état des lieux.

Elle y accueillit  Paul Claudel et y vécut jusqu’à sa mort en 1950. Roselyne Bacou poursuivit les travaux, rassembla des sépultures et restaura un petit oratoire du 11e siècle, dédié à Sainte Casarie. En 1991, elle ouvrit  au public l’abbaye et les jardins, classés aux monuments historiques en 1947.

 

Quant à ces jardins, il fallut attendre les XVIIe et XVIIIe siècles pour qu’aux oliviers de la partie haute soit ajouté un verger, les Mauristes ayant creusé dans le roc un puits jusqu’au Rhône. Un espace que reconstituèrent Elsa Koeberlé et Génia Lioubow. En s’inspirant de la villa toscane du XVIe siècle, elles installèrent une longue pergola aux colonnes de pierre, couverte au printemps de glycines et de rosier de Banks.

Et après la mort de Roseline Bacou, en 2013, le patrimoine fut légué à des descendants de Gustave Fayet. Ils mènent depuis une campagne de travaux pour le palais abbatial et initie une nouvelle philosophie du jardin, respectueuse des sols et de la bio-diversité. Grace à Marie et Gustave Viennet et leur jardinier Olivier Ricomini, Saint-André est devenu un refuge de la Ligue pour la Protection des Oiseaux et est en cours de labellisation « Ensemble arboré remarquable ».  Avec ses oliviers millénaires, ses arbres de Judée et ses pins sculptés par le vent.

Les jardins de l'Abbaye © photo G.Hébert/PdF 2019

 

Il ne restait plus qu’à offrir aux visiteurs des expositions temporaires dans l’esprit du lieu. Objectif déjà atteint avec les cyanotypes  de Gabrielle de Lassus Saint-Geniès. Ils lancent la saison de belle manière. « Mon univers bleu est un mélange de technique, de poésie et de littérature » glisse Gabrielle, docteure en histoire de l’art victorien.

Après avoir été récompensée par l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse, en 2018, pour son recueil de poésies Hortus Conclusus-Les Litanies du Jardin, elle vient de présenter son premier roman,  L’Anglaise d’Azur. Consacré à Anna Atkins (1799-1871), photographe et botaniste, la première à publier un livre utilisant la technique du cyanotype. *

Découverte en 1841 par John Herschel, « l’art du cyanotype résulte d’une savante alchimie […] Il est le fruit de l’action de la lumière du soleil autour d’un élément posé sur un papier imprégné  de composés chimiques photosensibles [...] La silhouette blanche de l’élément se déploie sur un fond bleu cyan ». Gabrielle est fascinée par ce procédé. « Cela permet de ré-envisager la plante par sa forme et non par sa couleur. Quand on la retire, on voit des détails qui n’apparaissent pas à l’œil nu » s’émerveille la poétesse, passionnée de botanique et de littérature.

Et l’on est sensible à son travail, à ses cyano-poèmes comme à sa dizaine de séries consacrées majoritairement au végétal. Faisant place à l’émotion et aux songes, en nous renvoyant également au « bleu mystique » de Baudelaire ou à L’AZUR de Mallarmé.

Exposition Herbier d'Azur à l'Abbaye Saint-André © photo G.Hébert/PdF 2019

 

Avec Gabrielle et ses multiples œuvres, présentées dans l’abbaye jusqu’au 28 avril, le végétal et l’Azur triomphent..., comme dans l’abbaye. Avant de céder la place à Nature Divine par Jan Dilenschneider, Eveil d’Essences par Alain Mailland, Elisabeth Mézieres, Arnaud Mainardi. Et finir, à l’automne, par Le souffle du paysage par Claire Degans.

 

Guy Hébert

 1er mars au 28 avril : exposition « Herbier d’Azur »

Abbaye Saint-André, rue Montée du Fort 30400 Villeneuve-lez-Avignon

04 90 25 55 95 / info@abbayesaintandre.fr

Ouverture du 1er mars au 3 novembre, y compris jours fériés. Fermeture les lundis.

En mars, de 10h à 17h, en avril de 10h à 13h et de 14h à 18h, de mai à septembre de 10h à 18h, en octobre de 10h à 13h et de 14h à 17h.

Sur place : boutique et Hortus café en extérieur, de mai à octobre.

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Informations supplémentaires

  • Région: Guadeloupe
Dernière modification le mardi, 26 mars 2019 11:22

9 Commentaires

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