Histoire et actualité du Pavillon Populaire de Montpellier

L’intéressante exposition photo « Le Dr Paul Wolff - L’homme au Leica » ouvre ses portes à Montpellier, jusqu’au 14 avril. L’opportunité de se pencher sur l’histoire du Pavillon Populaire, dédié à la photographie depuis 2001 et devenu espace municipal ouvert gratuitement au public. 

Déjà, en 1993, alors annexe du musée Fabre, il avait accueilli cette discipline. A l’occasion d’une exposition de lithographies de Picasso, Roland Laboye, dirigeant l’Espace Photo Angle, avait investi le lieu en présentant les Portraits des jours et de la nuit du photographe Daniel Fresnay. S’en étaient suivies d’autres manifestations de cet art visuel. Notamment la rétrospective Robert Doisneau, réalisée par le Musée d’Art Moderne d’Oxford, en 1996. Evènement exceptionnel, présenté en France, uniquement à Montpellier.

 

Rien ne prédestinait ce joyau du patrimoine à devenir un lieu de référence, pour la photographie. Dans un style néo-Renaissance, Léopold Carlier (1839-1922), architecte de la ville, termine en 1891 un édifice destiné au « Cercle des étudiants » pour le compte de l’Association Générale des Etudiants de Montpellier, avec le soutien de la municipalité.

A deux pas de la place de la Comédie sur le Champ de Mars - actuellement Esplanade Charles de Gaulle - il réalise, sur une surface de 650m², un bâtiment surélevé, précédé d’un portique en pierre et orné de sculptures. L’intérieur offrait une grande salle des fêtes, une bibliothèque, des salles de conférences, de gymnastique, d’hydrothérapie et de billard. Avec des bureaux. Après quatorze ans de fonctionnement, suite à des difficultés financières, le cercle des étudiants doit céder le pavillon à la ville qui le destine alors aux associations. De cette situation naît le nom de Pavillon Populaire, toujours porté aujourd’hui.

 

Ce lieu, au cœur de la ville, jouera un rôle important pour l’histoire de Montpellier. Dès juin 1907, il est occupé par les manifestants réunis pour la révolte vigneronne et subit des dommages. Plus de 600 000 viticulteurs ont investi le centre.

La guerre de 14-18 le verra servir d’annexe à l’hôpital, avec 67 lits installés en octobre 1914. C’est aussi là que furent fêtées la fin des deux guerres mondiales ainsi que celle du Front populaire, en 36. En 1968, le bâtiment sera de nouveau occupé par les défenseurs de la viticulture. Trois ans plus tard, le 2 février 1971, des maires ayant le même but déclareront le pavillon populaire « Mairie du département de l’Hérault ». Comme le rappelle une plaque commémorative apposée à l’entrée, par George Frêche, son édile, le 2 février 2004. Et en même temps, il accueillera, jusqu’au début des années 80, de grandes festivités populaires.

Il faudra attendre un siècle après son inauguration pour que l’intérieur du bâtiment soit totalement restructuré par l’architecte François Pin. Lui permettant d’offrir un espace central dégagé et une mezzanine, destiné dans un premier temps aux expositions temporaires du musée Fabre. Avant d’être consacré à la photo. De cette période, on retiendra la rétrospective Frédéric Bazille, peintre impressionniste (1841-1870), un enfant du pays.

Depuis 2011, sous la houlette éclairée de Gilles Mora, ce centre de la photographie acquiert une notoriété internationale. L’homme ne manque pas de références. Rédacteur en chef de « Les Cahiers de la photographie » de 1981 à 1993, puis directeur de collection aux Editions du Seuil jusqu’en 2007.

Spécialiste de la photographie américaine, il est l’auteur de plusieurs monographies, obtenant en 2007 le prix Nadar pour son livre « La photographie américaine 1958-1981. The Last Photographic Heroes ». On peut noter également son dernier ouvrage Walker Evans en 15 questions, paru en 2017 aux Editions Hazan. Directeur artistique des Rencontres internationales de la photographie de 1999 à 2001, il présente au Pavillon Populaire, bon an mal an, trois grandes expositions. 

L’une, en 98-99 « I am a man » circula dans tous les Etats Unis et valut à Gilles Mora des remerciements de Bill Clinton. Pendant que « Devenir. Peter Lindbergh » accueillit 57 000 visiteurs durant les trois mois de l’été 2022 et que, l’année suivante, « Campana » en reçut 50 000.

On peut prévoir un succès comparable pour « Dr Paul Wolff – L’homme au Leica », qui vient d’être inaugurée. « Paul Wolff est le photographe le plus populaire dans l’Allemagne de l’entre-deux guerres. C’est un passeur. Un pied dans l’art, un dans le commerce et le public » précise d’emblée Gilles Mora. Avant d’ajouter « Son succès tient beaucoup à son intérêt pour l’appareil photo Leica, dès 1926. Une révolution, l’Apple d’aujourd’hui ! Avec le Leica, Paul Wolff pressent que tout le monde pourra s’adonner à cette pratique. Il décide alors d’être son porte image ». Publiant en 1934 Mes expériences avec le Leica. Le livre, vendu dans le monde entier, contient clichés et conseils techniques.

En parcourant l’exposition, on appréciera ses clichés de paysages alsaciens, de villes - Francfort et Strasbourg - de botanique et de zoologie, sur les loisirs, le travail et l’industrie. Souvent tirés des nombreux ouvrages qu’il a publiés. Comme selon Gilles Mora « Sans technique, il n’y a pas de photographie », on retrouve dans l’exposition différents modèles du Leica.

Depuis le prototype de son inventeur Oscar Barnack jusqu’à sa fabrication en série, dès 1925. Confiés, avec des documents d’époque, par Nicolas Muro, photographe et galeriste à Saintes, héritier d’une longue lignée familiale de professionnels, depuis 1898. Sont aussi réunis beaucoup de tirages de la collection de Christian Brandstätter, ami de Gilles Mora. Ainsi que des ouvrages du fonds Paul Wolff, donation Manfred Heiting, déposés à la bibliothèque de Mulhouse, où est né le Docteur-photographe.Bref, une exposition passionnante pour les amoureux de la photo et de son histoire.

Et au-delà pour celles et ceux qui multiplient les prises de vue avec leur smartphone. Madame et monsieur Tout le monde ! 

Guy Hébert

Informations pratiques

Histoire et actualité du Pavillon Populaire de Montpellier

Entrée gratuite pour tous les publics, visite libre ou visite guidée.

Visite libre : du mardi au dimanche, de 10h à 13h et de 14h à 18h.

Visite guidée dite « Grand angle » d’1h15 environ : mardis et vendredis à 16h.

Samedis et dimanches à 11h et 16h.

Visite guidée dite « Macro » de 45 mn. Conçue pour les enfants de 3 à 6 ans et de 7 à 11ans. Mercredis et dimanches, pendant les périodes scolaires et les vacances, à 11h et 16h.

Visites guidées pour les groupes

Contact : visites@ville-montpellier.fr

Pavillon Populaire, Esplanade Charles de Gaulle, Montpellier.

04 67 66 13 46

 

16 Fév 2024 0 comment
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  Guy Hébert

L’intéressante exposition photo « Le Dr Paul Wolff - L’homme au Leica » ouvre ses portes à Montpellier, jusqu’au 14 avril. L’opportunité de se pencher sur l’histoire du Pavillon Populaire, dédié à la photographie depuis 2001 et devenu espace municipal ouvert gratuitement au public. 

Déjà, en 1993, alors annexe du musée Fabre, il avait accueilli cette discipline. A l’occasion d’une exposition de lithographies de Picasso, Roland Laboye, dirigeant l’Espace Photo Angle, avait investi le lieu en présentant les Portraits des jours et de la nuit du photographe Daniel Fresnay. S’en étaient suivies d’autres manifestations de cet art visuel. Notamment la rétrospective Robert Doisneau, réalisée par le Musée d’Art Moderne d’Oxford, en 1996. Evènement exceptionnel, présenté en France, uniquement à Montpellier.

 

Rien ne prédestinait ce joyau du patrimoine à devenir un lieu de référence, pour la photographie. Dans un style néo-Renaissance, Léopold Carlier (1839-1922), architecte de la ville, termine en 1891 un édifice destiné au « Cercle des étudiants » pour le compte de l’Association Générale des Etudiants de Montpellier, avec le soutien de la municipalité.

A deux pas de la place de la Comédie sur le Champ de Mars - actuellement Esplanade Charles de Gaulle - il réalise, sur une surface de 650m², un bâtiment surélevé, précédé d’un portique en pierre et orné de sculptures. L’intérieur offrait une grande salle des fêtes, une bibliothèque, des salles de conférences, de gymnastique, d’hydrothérapie et de billard. Avec des bureaux. Après quatorze ans de fonctionnement, suite à des difficultés financières, le cercle des étudiants doit céder le pavillon à la ville qui le destine alors aux associations. De cette situation naît le nom de Pavillon Populaire, toujours porté aujourd’hui.

 

Ce lieu, au cœur de la ville, jouera un rôle important pour l’histoire de Montpellier. Dès juin 1907, il est occupé par les manifestants réunis pour la révolte vigneronne et subit des dommages. Plus de 600 000 viticulteurs ont investi le centre.

La guerre de 14-18 le verra servir d’annexe à l’hôpital, avec 67 lits installés en octobre 1914. C’est aussi là que furent fêtées la fin des deux guerres mondiales ainsi que celle du Front populaire, en 36. En 1968, le bâtiment sera de nouveau occupé par les défenseurs de la viticulture. Trois ans plus tard, le 2 février 1971, des maires ayant le même but déclareront le pavillon populaire « Mairie du département de l’Hérault ». Comme le rappelle une plaque commémorative apposée à l’entrée, par George Frêche, son édile, le 2 février 2004. Et en même temps, il accueillera, jusqu’au début des années 80, de grandes festivités populaires.

Il faudra attendre un siècle après son inauguration pour que l’intérieur du bâtiment soit totalement restructuré par l’architecte François Pin. Lui permettant d’offrir un espace central dégagé et une mezzanine, destiné dans un premier temps aux expositions temporaires du musée Fabre. Avant d’être consacré à la photo. De cette période, on retiendra la rétrospective Frédéric Bazille, peintre impressionniste (1841-1870), un enfant du pays.

Depuis 2011, sous la houlette éclairée de Gilles Mora, ce centre de la photographie acquiert une notoriété internationale. L’homme ne manque pas de références. Rédacteur en chef de « Les Cahiers de la photographie » de 1981 à 1993, puis directeur de collection aux Editions du Seuil jusqu’en 2007.

Spécialiste de la photographie américaine, il est l’auteur de plusieurs monographies, obtenant en 2007 le prix Nadar pour son livre « La photographie américaine 1958-1981. The Last Photographic Heroes ». On peut noter également son dernier ouvrage Walker Evans en 15 questions, paru en 2017 aux Editions Hazan. Directeur artistique des Rencontres internationales de la photographie de 1999 à 2001, il présente au Pavillon Populaire, bon an mal an, trois grandes expositions. 

L’une, en 98-99 « I am a man » circula dans tous les Etats Unis et valut à Gilles Mora des remerciements de Bill Clinton. Pendant que « Devenir. Peter Lindbergh » accueillit 57 000 visiteurs durant les trois mois de l’été 2022 et que, l’année suivante, « Campana » en reçut 50 000.

On peut prévoir un succès comparable pour « Dr Paul Wolff – L’homme au Leica », qui vient d’être inaugurée. « Paul Wolff est le photographe le plus populaire dans l’Allemagne de l’entre-deux guerres. C’est un passeur. Un pied dans l’art, un dans le commerce et le public » précise d’emblée Gilles Mora. Avant d’ajouter « Son succès tient beaucoup à son intérêt pour l’appareil photo Leica, dès 1926. Une révolution, l’Apple d’aujourd’hui ! Avec le Leica, Paul Wolff pressent que tout le monde pourra s’adonner à cette pratique. Il décide alors d’être son porte image ». Publiant en 1934 Mes expériences avec le Leica. Le livre, vendu dans le monde entier, contient clichés et conseils techniques.

En parcourant l’exposition, on appréciera ses clichés de paysages alsaciens, de villes - Francfort et Strasbourg - de botanique et de zoologie, sur les loisirs, le travail et l’industrie. Souvent tirés des nombreux ouvrages qu’il a publiés. Comme selon Gilles Mora « Sans technique, il n’y a pas de photographie », on retrouve dans l’exposition différents modèles du Leica.

Depuis le prototype de son inventeur Oscar Barnack jusqu’à sa fabrication en série, dès 1925. Confiés, avec des documents d’époque, par Nicolas Muro, photographe et galeriste à Saintes, héritier d’une longue lignée familiale de professionnels, depuis 1898. Sont aussi réunis beaucoup de tirages de la collection de Christian Brandstätter, ami de Gilles Mora. Ainsi que des ouvrages du fonds Paul Wolff, donation Manfred Heiting, déposés à la bibliothèque de Mulhouse, où est né le Docteur-photographe.Bref, une exposition passionnante pour les amoureux de la photo et de son histoire.

Et au-delà pour celles et ceux qui multiplient les prises de vue avec leur smartphone. Madame et monsieur Tout le monde ! 

Guy Hébert

Informations pratiques

Histoire et actualité du Pavillon Populaire de Montpellier

Entrée gratuite pour tous les publics, visite libre ou visite guidée.

Visite libre : du mardi au dimanche, de 10h à 13h et de 14h à 18h.

Visite guidée dite « Grand angle » d’1h15 environ : mardis et vendredis à 16h.

Samedis et dimanches à 11h et 16h.

Visite guidée dite « Macro » de 45 mn. Conçue pour les enfants de 3 à 6 ans et de 7 à 11ans. Mercredis et dimanches, pendant les périodes scolaires et les vacances, à 11h et 16h.

Visites guidées pour les groupes

Contact : visites@ville-montpellier.fr

Pavillon Populaire, Esplanade Charles de Gaulle, Montpellier.

04 67 66 13 46

 

Informations supplémentaires

  • Région: Occitanie
Dernière modification le vendredi, 16 février 2024 18:07

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